LE XIXe SIÈCLE EN FRANCE. RENAISSANCE. 181 rois. » En 1845, Danjou écrit dans sa Revue : « ... Cet artiste est peu connu, malgré son immense mérite. A nos yeux, c’est le compositeur qui a le plus approché de Sébastien Bach. » L année suivante, déplorant que les journaux catholiques ne soient sensibles qu’au charlatanisme, c’est encore Danjou qui écrit : « Cherchez dans /’Univers le nom de M. Boëly, organiste de Samt-Germam-1 Auxerrois, qui est 1 un des plus grands artistes de ce temps! » La meme annee, Stephen Morelot vante (( cette habileté d’exécution sur le clavier de pédale qui a mis M. Boëly en état de lutter avec succès contre les difficultés vraiment effrayantes que présentent en cette partie les compositions d’orgue de J.-S. Bach ». En avril 1852 d Ortigue dit qu il ne faut parler qu’avec le plus grand respect de Boëly, dont les dieux sont J.-S. et Ph.-E. Bach, Rameau et Couperin. Romary Gros- jean (La Maîtrise, 15 août 1859), organiste de la cathédrale de Saint-Dié, écrit à d Ortigue : « En septembre dernier j ai encore passé des heures délicieuses auprès de ce bon M. Boëly (...). Il me semblait voir et entendre Sébastien Bach lui^même revenu dans ce bas^monde. ^ L abbe Jouve (JLc PlcLin^Chont^ juillet 1860) parle du ft génie de Boëly, le premier organiste français des temps modernes ». La même année d Ortigue écrit : « M. Boëly, anciennement organiste de Samt-Gervais et de Samt-Germam- 1 Auxerrois à Pans (cette dernière église aurait dû regarder comme un honneur insigne de conserver un homme aussi éminent !) M. Boëly, disons-nous, est un musicien qui cultive son art avec la conscience d un véritable artiste. Il est peu d’organistes qui puis¬ sent lui être comparés pour la science et pour la modestie, deux grandes qualités qui se trouvent rarement ensemble, de nos jours. Lorsqu’il donne sur son instrument l’intona¬ tion d un plam-chant, il place la mélodie à la basse, comme tous ses autres confrères, mais, fidèle aux saines traditions, il se garde bien de placer au-dessus de cette mélodie de monotones successions de sixtes qui fatiguent l’oreille la plus robuste. Sous ses doigts le chant sert de basse à de simples, mais magnifiques combinaisons de contrepoint fugué. » Louis Roger (Revue de Musique sacrée, 15 mai 1862) rappelle « ce grand artiste qui fut peut-être, parmi ses contemporains, le seul représentant de l’art de Bach et des Couperin ». Et l’abbé Couturier : « Aujourd’hui on veut un pianiste à l’orgue; on le veut à tout prix, et, pour faire parvenir ce favori de la mode jusqu’au sublime instrument qu il va dégrader, on éloignera, sous prétexte d’incapacité, un héritier des sublimes talents de Bach, d’Hændel, de Frescobaldi, un Boëly, enfin » (Décadence et restauration de la musique religieuse, 1862, p. 50). Au nom de Boëly est parfois accolé le nom de Benoist. Selon Joseph Régnier, « les deux organistes les plus sérieux de Paris sont Boëly et Benoist ». D’après la Revue et Gazette musicale du 13 juillet 1845, Boëly et Benoist « sont les deux grands artistes qui savent respecter leur art et qui ne prostituent pas nos orgues à la barcarolle, à la contre¬ danse, au galop, à la valse et à la polka ». Retranchons de ces louanges ce qu elles ont malgré tout d’excessif. Il reste que Boëly fut un fervent, non seulement de Bach, mais de Couperin et de Rameau, pour ce qu ils représentaient du génie français. Le flambeau sur le point de s’éteindre, c est lui qui 1 a rallumé, quant à la musique d’orgue, plus par son exemple et par ses conseils que, sans doute, par ses œuvres. Saint-Saëns l’a connu. Environ une année après que Boëly est remercié, Saint-Saëns devient, en 1853, titulaire de l’orgue de Saint-Merry qu’il quitte en 1858 pour la Madeleine où il reste jusqu’en 1877. On écrit de lui, en 1862 : « Voilà un virtuose que le temple et le monde ont le droit de revendiquer (...). Par ses