150 L’ORGUE. l’enseignement oral de ces maîtres, qui tenaient école ». « Nos organistes modernes, s’ils voulaient transcrire pour leur instrument quelques-unes de ces pièces, seraient bien surpris de la poésie étrange qui se dégagerait, sous leurs doigts, de tel « point d orgue » de leurs lointains précurseurs. » Ces précurseurs, ce sont, à Paris, vers 1160, Léon, « organista optimus », qui com¬ mença d écrire le Magnus liber organi de Gradali et Antiphonario, qu acheva et mit au point Pérotin, surnommé « magnus », maître de chapelle de 1 église Beatæ Manæ virgmis entre 1183 et 1236 (avant l’achèvement de Notre-Dame), où il succéda à Léon. On cite encore Robert de Sabilon, Pierre, « optimus notator », Thomas à Samt-Julien de Pans, à Notre-Dame Renaud, de Reims, mort en 1.413, remplacé par Henri « de Saxonia », à la cathédrale de Reims, sous Philippe le Bel, Baudoin « l’orgueneur » et son fils Jehan. Les manuscrits de ces siècles sont infiniment rares. Il est à remarquer que 1 orgue et je prie qu’on n’oublie pas ses dimensions restreintes, — jouait hors des églises lors de la représentation des Mystères, lors de fêtes publiques pour des entrées de souverains dans telle ou telle ville. Au XVe siècle, on en tire déjà des effets d orage. En Angleterre, « à la fin d’un volume provenant d’une abbaye de Sussex, et qui est antérieur à 1430, on trouve des compositions dont les unes sont certainement conçues pour l’orgue, — cent ans, par conséquent, avant le Fundamentum organisandi de 1 Alle¬ mand Paumann qui, pendant longtemps, fut considéré comme le monument le plus ancien de ce genre de musique ». « On y devine déjà le pressentiment de 1 harmonie verticale, et le rythme des diminutions, l’emploi de toutes les notes feintes (ut %, mi b, fa jf, sol #, si b), leur donnent une couleur singulière. Leur structure, enfin, n est pas moins caractéristique : trois de ces pièces semblent ébaucher les formes purement instrumentales du prélude ou de la fantaisie d’orgue, tandis que les trois autres offrent des exemples très précieux de la manière dont on transcrivait les motets vocaux pour le clavier. » En Espagne, en 1254, à l’Université de Salamanque est créée une chaire de musique avec un maître d’orgue. C’est 1 Italie qui, au début, possède l’école d’orgue la plus brillante, non que l’instru¬ ment ait été plus parfait qu’ailleurs. Il y eut les écoles de Florence et de Venise. Florence eut Francesco Landino (vers 1335-2 septembre 1397), dit Francesco « degh organi ». Sa renommée fut grande. On rapporte qu’en 1364, en présence de Pétrarque, il fut couronné de lauriers par le doge de Venise. Antonio Squarcialupi (? — vers 1470) a laissé une réputation de grand improvisateur. Il fut titulaire de l’orgue de Sainte-Marie dès son inauguration, en 1435. A Venise on cite Francisco da Pisaro, organiste de Samt- Marc de 1337 à 1368, et Zuchetto, qui en 1364 présidait à la restauration des orgues de la même église. Eux et d’autres ont laissé de la musique vocale; de pièces originales pour orgue, à peu près aucune; citons toutefois le recueil manuscrit d’un organiste saxon, frère Adam Ileborg (1448), comportant une partie de pédale notée. En Allemagne Konrad Paumann (Nuremberg, vers 1410-Munich, 25 janvier 1473), est l’auteur de trois livres de pièces d’orgue qui ont été conservées sous le titre qu’on a vu. Le premier est daté de 1452. L’ensemble forme « un ouvrage destiné spécialement à 1 orgue, véritable cours d’improvisation où sont groupés méthodiquement les préceptes et les formules qu’il faut connaître pour pouvoir préluder convenablement à l’exécution d une pièce vocale et adapter au clavier, avec les diminutions ou coloratures requises,