— Ad — Il a sa racine profonde dans notre nature psychique. Le sou¬ venir du passé, le ressentiment du sentiment, l’écho de ce qui a retenti en nous, le retour aux anciens bonheurs, aux anciennes tristesses, est l’élément principal de notre vie consciente ; on peut dire qu’il fait presque seul celte conscience même, car il est plus facile encore et plus naturel de regarder ce qu’on a vécu que ce qu’on vit, d’avoir l’impression visible de ce qui est à la distance convenable que de chercher celle de ce qui est trop près de nous. Le souvenir est peut-être le sentiment le plus essentiel. 3° Le Rondeau. Le rondeau renferme cette particularité qu’ici Y harmonie dif¬ férée psychique se détache mieux,parce qu’elle se distingue mieux de l’harmonie différée phonique. Nous venons de voir que dans la ballade les deux harmonies se doublent l’une par l’autre exac¬ tement, si bien qu'on ne pourrait dire laquelle est la plus forte. Dans le pantoun, l’harmonie psychique est seule ou presque seule. Mais cependant les vers où se réalise le discord psy¬ chique sont par leur répétition frappés d’une rime harmonique en sens contraire. Dans le rondeau, Y élément psychique ressort tout à fait, car il est en dehors du vers, de la rime et du rythme. En effet, les premiers mots du premier vers réapparaissent, sans former ni vers, ni hémistiche, la première fois à la fin de la seconde stance, la seconde fois à la fin de la troisième et der¬ nière. L’indépendance de ce petit refrain psychique vis-à-vis du rythme phonique est donc complète. Par ailleurs, il est vrai, le rondeau obéit à l’harmonie concor¬ dante et discordante phonique. En effet, quant à la rime, les trois stances riment ensemble, ce qui revient à dire que toute la pièce s’établit sur deux rimes et qu’il y a harmonie concor¬ dante simple. Quant au nombre de vers de chaque stance, la première en a cinq, la seconde trois, la troisième cinq ; l’épode se place au milieu et non plus à la fin, ce qui revient à dire que l’harmonie quant au nombre de vers est d’abord discordante et différée, puis se résout en concordance. C’est l’inverse de ce qui a lieu dans le sonnet, où les tercets sont à la fin.