— 43 — consiste à reprendre dans la stance suivante toujours deux des vers de la stance précédente, de manière à ce qu’il n’y ait aucune solution de continuité phonique. Cette reprise conti- nuelle du vers est d’un grand charme. Un charme non moins grand, mais très distinct est celui ré¬ sultant de la constitution psychique du pantouc, et de ce que deux idées parallèles marchent continuellement sans jamais se confondre, ou ne se confondant qu à la fin. La réunion de ces deux particularités constitue le pantoun proprement dit. Mais elles peuvent être séparées. On peut obtenir un pantoun purement phonique, et aussi un pantoun purement psychique. Le pantoun purement phonique consiste dans la seule obser¬ vance de la particularité phonique ci-dessus relevée. Nous 1 a- vons décrit ailleurs dans notre étude sur les unités supérieures au vers envisagées au point de vue du rythme phonique. Le pantoun purement psychique consiste dans le maintien de la seconde particularité seulement. On ne reprend dans la stance suivante aucun des vers de la stance précédente, mais d y a dans chaque strophe deux sens toujours parallèles qui courent. Du reste, ce parallélisme peut être ou de contradiction ou de comparaison. En voici un exemple tiré d’une pièce intitulée . les Noces. Parmi le voile blanc où fleur d'oranger penche, C'est une mariée à la floraison blanche. Nul n'entend frôler dans les hautes tours Sous les carillons le vol des vautours. A tout autre bonheur son âme fut fermée ; Elle aime son aimé, de meme elle est aimée. U araignée étend sa toile au plafond, Le cierge de cire en un instant fond. Elle na qu’un bijou sur son doigt, l'alliance, Qu'un diamant, son cœur clair et sans oubliance. La lampe est pendue à l'anneau de fer ; Sans qu'on l'ait touchée, elle ébranle l'air.