142 LES DEUX POLES DU VERS. EVOLUTION DU VERS FRANÇAIS sant nettement un vers blanc. Mais la pensée change : ce n’est plus la « raison ». Cela tend vers les méta¬ phores, les rapprochements étranges nés des rappro¬ chements de riches sonorités; le mélange, l’étrange, l’opulence verbale (d’où nécessité de révolutionner L dictionnaire), la psychologie superficielle : à moins d’abandonner tout pour l’incantation sonore, ce qui ré¬ tablit une psychologie, non d’analyse, mais de sugges¬ tion. Ce vers, saisi avec empressement par Banville, qui en fait la théorie dans un art poétique diamétralement opposé à celui de Boileau, ce vers en engendre deux autres; l’un, en se raidissant une dernière fois; l’autre,, en se brisant. Le premier, c’est un vers arithmétique à rime riche, un vers gênant, somptueux, froid, et obligé de s’éten¬ dre en surface, en épuisant les ressources des diction¬ naires d’histoire, de géographie, et tous autres. Mo¬ saïque ou casse-tête. C’est le vers des Parnassiens. Leur idéal est théoriquement une impossibilité : on doit sacrifier quelque chose, et il arrive qu’on sacrifie le meilleur. Le second descendant du vers de la Légende des Siècles, c’est un vers où le rythme de timbres l’a em¬ porté, où le reste se pulvérise ou se fond. Ce sont des timbres traînant des vers arithmétiques de plus en plus fondus, inégaux, irréguliers, le vers libre des symbo*