141 ÉVOLUTION DU VERS FRNÇAIS ver la rime6. Ce vers a également les caractères de l’arithmétique déliquescent; enjambements permis, césures à volontés, envahissement de rythmes toniques plus libres, et non des symétries rigoureuses définis- échouer piteusement contre ce magnifique concret... Mais d’abord nous aper¬ cevons ce vers ...nous passons à nos cribles Toutes sortes de gens sauvages et terribles. Tiens, tiens 1 mais la paire <s? crible-terrible » se retrouvre encore à grand effet pour terminer 1* « Aigle du Casque ». Ne serait-elle pas de ces rimes jumelées comme « ombre-sombre » « nuées-huées » « aigles- seigles », qui errent à travers la pensee de Hugo, sans se dissoudre, et y raccrochent le reste du vers, — auquel il faut bien les croire anté¬ rieures, sans quoi la fréquence des mômes accouplements serait par trop improbable? Que « ombre » et « sombre » aient un rapport de sens qui les lie et explique leur perpétuel accouplement, — mais rien, du point de vue sens, ne soude « crible » à « terrible » ; néanmoins Hugo accepte tran¬ quillement cette paire magnfique, sûr qu’il la remplira magnifiquement. Encouragés par cette petite trouvaille, analysons cette pièce « idéale » depuis le commencement. La rime « gloire-histoire » est à négliger comme « commune, nous dit-on, mais régénérée ». Donc passons « aux rimes sui¬ vantes de la même citation. Toutes celles-là sont rares ». Aussi regardons se. construire tout le passage dans un des moules —- métaphore, compa¬ raison indiqués plus haut comme un des dérivés nécessaires de pareille rime. Il faut des meurtriers au roi, nous en cherchons. Cherchons? Torchons. A quoi ce dernier mot ressemble-t-il? Au drapeau des canailles. * Il faut des meurtriers au roi, nous en cherchons. Pour faire des drapeaux nous prenons des torchons. Pour faire des héros nous prenons des canailles, .....tenailles. Tenailles? A quoi cela ressemble-t-il? Aux mains de ces êtres harpon¬ nants. Pour faire des héros nous prenons des canailles, Nous rions en ouvrant dans l’ombre nos tenailles. Qui se fie au sourire est pincé par l’étau .....marteau (marteau : surtout après tenailles, flottait dans l’esprit toute la serrurerie). Marteau? or, à quoi cela ressemble-t-il, marteau? Le froid, la faim, la soif sont des coups de marteau Qui donnent une forme obscure aux misérables... On aperçoit, en regardant attentivement, les coups de filet jetés dans le subconscient : chaque fois, des rimes jumelées compliquées d’un « à quoi cela ressemble-t-il », la direction de la « raison » étant maintenue tant bien que mal par des coups de barre donnés au moment du changement de rimes, là où il n’y a pas de timbre impérieux, là où le filet du subcons¬ cient est en Pair. > *