ÉVOLUTION DU VERS FRANÇAIS 139 nancés, c’est-à-dire aux terminaisons teintées d’un pâle rythme de timbres. La juste cadence de Malherbe s’impose avec Boileau et ses amis : Nous avons maintenant des vers blancs distingués par des timbres. Leurs caractères, ce sont ceux qui définissent un rythme arithmétique primaire, un vers blanc nettement dessiné : le sens bien enfermé dans les douze syllabes, un silence fort net entre ces groupes, c’est-à-dire pas d’enjambement d’un vers à l’autre. Dessin intérieur tendant à la symétrie, presque exclusivement par le modèle 66 (très rarement le mo¬ dèle 444). Ce modèle correspond à une forte césure médiane, qu’il est également défendu de franchir; elle est flanquée de part et d’autre de deux césures plus faibles, formant avec elle une symétrie de silences. Ce vers peut dire les mêmes choses que la prose, s’il veut: il peut « aimer la raison », être un vers d’hommes sensés et de moralistes. Mais ses caractères dérivent aussi de la nécessité de l’orner de rimes : en effet, on constate expérimentalement qu’un rythme dû exclu¬ sivement à des vers blancs déplaît, semble un hybride de prose et de poésie. Il faut donc avoir recours à un rythme, mais secondaire, de timbres. Il faut ajuster des rimes au bout des vers. Cette rime doit toujours suivre, ne jamais conduire. Elle apparaîtra donc sou¬ vent comme un empêchement, une gêne. Quoiqu’on aime toujours la rime riche, on ne saurait la demander