138 LES DEUX POLES DU VERS. ÉVOLUTION DU VERS FRANÇAIS donnée d’abord. Quant aux douze syllabes qui sui¬ vent, elles flottent comme elles veulent : plus de rè¬ gles des césures, de proscriptions des enjambements. Mais 1’« amour de la raison », au sens de Boileau, n’est plus possible : la rime riche s’impose si fort à la pen¬ sée, qu’elle la meut selon ses modes. Le voudrait-on, on ne saurait plus dire en vers ce qu’on peut dire en prose. 4. Esquisse d’une évolution du vers français, de Malherbe à nos jours. — Il est bien évident que les deux alexandrins indiqués sont deux types extrêmes, deux pôles d’attraction, mais que les poètes d’une autre envergure que Boileau ou Banville se garderont bien d’adopter exclusivement. Le vers français oscillera entre ces deux pôles; en général, plus près du pôle Boi¬ leau, au dix-septième siècle; fortement attiré par le pôle décrit par Banville, vers la fin du dix-neuvième. Ce ne sont ici que des grandes lignes, des préférences, que nous allons dessiner. Il est également entendu que l’évolution du vers ne contraint pas tous les poètes d’une certaine époque à la suivre : ceux qui suivent le mieux, ce sont toujours les poètes à manifeste, les pe¬ tits talents sur lesquels on se plaît toujours à élaborer les grands chapitres et les grandes lois. Nous avons, comme fond de tableau, comme horizon lointain, ces vers blancs presque purs, les laisses asso-