JOURNAL DE PSYCHOLOGIE 440 -occupée à traduire des émotions en scènes qui les mettent en évi¬ dence mais les voilent aussi ; entre la censure du rêve, l’inconscient -refoulé et l’inconscient collectif, se produisent des états de tension, révélateurs de conflits vitaux, personnels ou généraux. Nous avons distingué, pour simplifier, trois sortes de rêves : le rêve instinctif, le rêve exclusivement anagogique, le rêve « intégral ». Dans le rêve instinctif, l’image tire sa substance de l'inconscient «refoulé que la -censure de la conscience élude par des déguisements imagés. Dans 4e rêve exclusivement anagogique, l’image est déterminée par la tendance de la conscience (dans la censure du rêve) à sublimer toutes les émotions de Fame en les intégrant dans la tendance anagogique -et à éliminer ce qui vient des régions profondes de l’inconscience. Le rêve que nous appellerons provisoirement « intégral » produit des images où s’unissent le conscient et l’inconscient dans une cons- truction de valeur symbolique, qui non seulement exprime la totalité de la personnalité mais plonge jusqu’aux régions souterraines des symboles mythiques collectifs. Nous allons essayer de retrouver dans le domaine de la poésie ces trois sortes de création imagée et d’en donner des exemples. Si le rêve, comme le dit Dilthey, est « le poète caché », les différences, vagues dans le rêve, doivent apparaître plus nettement dans les con' tours fermes delà poésie consciente. 11 n’est pas difficile, en effet, de retrouver dans la poésie ces types élémentaires. A partir de ces exemples, il sera peut-être possible d’éclairer ce qui demeure pro¬ blématique dans la conception que Ortega se fait de la métaphore. y Freud lui-même a montré, à propos d’un grand nombre de ses .propres rêves i, que les masques du rêve ne sont pas le produit exclusif de l’instinct érotique, mais aussi pour une large part celui d’un besoin inconscient de dominer. Sous les déguisements du rêve il met à nu sans aucun ménagement l’ambition et la rancune, où il reconnaît ses instincts fondamentaux. Bien avant Freud, Nietzsche 4. Werke, II, p. 217, 197.