as JOURNAL DE PSYCHOLOGIE véritables, leurs témoignages seraient autrement concordants qu’ils ne le sont et qu’ils ne peuvent l’être. A quoi bon insister? Les sujets en question, comme chacun de nous en pareil cas, mettent et entendent dans les sons la seule chose dont ils disposent, c’est-à-dire leur conception extrêmement personnelle et même toute momentanée des choses; c’est eux-mêmes qui se trouvent caractérisés, et nulle¬ ment une conception générale qui serait celle du « germanophone » présent ou passé. La formule à double tranchant qui fait de l’acte de nommer un acte de création spirituelle se retourne donc avec une logique impitoyable contre le sens littéral de la « physiognomonie du lan¬ gage » de Werner. Car que deviendrait cet acte de création spirituelle si des contraintes absolues prescrivaient à l’activité mentale de voir dans tel et tel cas tel ou tel aspect des choses et de les saisir de telle ou telle façon ? C’est justement parce qu’un sujet devient créateur, et dans la mesure où il le devient, qu’il se distingue, parmi tous ceux qui dans le passé employèrent le mot Seife, de son confrère, le créateur de procès-verbaux, et de son prédécesseur, l’inventeur du mot. De deux choses l’une : il faut renoncer soit a donner aux sujets le nom de créateurs, soit à affirmer que leurs interprétations seront uniformes, et conformes à la loi qui fixe l'interprétation obligatoire et immuable des choses, dans toute l’étendue du domaine linguistique allemand. Je proposerai provisoirement de choisir la seconde hypothèse; la« phy¬ siognomonie » de la langue deviendra alors la « physiognomonie » du sujet (de la parole). Nous découvrirons alors toutes les choses remarquables qu’un sujet de l’Institut de Hambourg est capable d’in¬ troduire dans les sons d’un mot et même dans un mot imprimé, toute la subtilité et la richesse expressive qu’il sait faire sortir de ce mot. Sur les conclusions qu’on peut tirer de là, il y aurait beaucoup à dire. Je me réserve de justifier plus tard dans le détail ma thèse relative à la logique archaïque et à son action dans le domaine de la pensée qui se formule. On a, selon moi, énormément exagéré cette action, dans cette sphère et dans d’autres domaines de ce qu’on appelle les civilisations primitives. On l’a exagérée et on lui a assigné une place qui n’est pas la sienne dans Dévolution de l’individu et de l’humanité. Je suis d’avis que l’ethnologie d’aujourd’hui, appuyée sur quelques