— 16 — Ce chiffre était incontestablement fort raisonnable, en ce sens qu’il s’écar¬ tait assez peu du diapason actuel de l’Opéra de Paris. Avec quelle chaleur M. Lissajous l’aura défendu devant la commission! De quels arguments n’au¬ ra-t-il pas accablé rabaissement du quart de ton et ses partisans! Comme il lui aura été facile de démontrer à quel point cette mesure était contraire à tout ce qui .en musique a d’ordinaire l’appui des gens sensés ! Comment, de concert avec le secrétaire de la commission, M. Monnais, qui trouvait que l’exhaussement du diapason avait été un bienfait pour les voix de ténor (voir l’opuscule, p. 110), n’a-t-il pas pu faire conserver un ton plus rapproché de celui qui existait ? Ce n’aura sans doute pas été sa faute, car M. Lissa¬ jous, à la Société des facteurs de pianos, m’a prouvé à quel point il tenait à son opinion, lorsque, dès l’origine de la discussion, il proposait de s'adresser tout d’abord au gouvernement pour avoir un diapason officiel. Je le com¬ battais en disant qu’il était mieux de chercher par nous-mêmes à fixer le ton, et qu’ensuite le gouvernement l’officialiserait s'il le jugeait a propos. J’avais beau répéter qu’il serait toujours temps d’adresser des demandes à l’autorité lorsque nous aurions nous-même décidé quelque chose, M. Lissajous tint bon pour ce qu'il avait dit, et voulut absolument qu’en renonçant à travailler nous nous donnassions à nous-mêmes un brevet d’incapacité. En ce sens on ne se soucie pas souvent d’être convaincu, et j’avoue que je ne le fus pas du tout. Vis-à-vis de la commission, sa position était bien meilleure et ses chances de triomphe nombreuses. En songeant à la résolution prise, beau¬ coup d’hommes judicieux regretteront que M. Lissajous ait succombé, et devront toutefois se féliciter bien sincèrement de voir un homme de son mé¬ rite chargé d’assurer l’exécution d’une mesure qu’il a, personne n'en doute, très-vigoureusement combattue. Il m'est arrivé quelquefois de rencontrer des personnes qui pariaient de la France comme d'un pays plus avancé en musique qu’on ne le supposait. Il est juste de dire qu’alors rien n'avait été résolu relativement à la fixité du diapason. Adrien DE LA FAGE, Rue Rochechouart, 14.