APPAREIL VOCAL ET VOIX LES OISEA! X. 105 simple comparaison ; qu’il s’est contenté de ranger l’organe vocal des oiseaux dans la classe des instruments à bouche, de la nature des cors ou des trom¬ pettes, auxquels il réunit à tort, selon nous, les instruments d’orgues nommés jeux d anche. Par cette addition, il diminue autant l’importance de sa compa¬ raison, que par l’explication qu’il donne de la production des sons dans les instruments a bouche, en les attribuant aux vibrations des lèvres qui se compor¬ tent comme les lames des tuyaux à anche. Les détails qui ont été donnés précédemment sur ces instruments sonores ren¬ dent inutiles les observations que nous pourrions faire sur la théorie physique des instruments à vent, admise par G. Cuvier, et qu’on ne saurait appliquer aux lèvres si petites de la glotte des oiseaux. On ne peut admettre que ces ligaments, si fins et si courts, puissent, par eux-mêmes, produire des sons aussi intenses que ceux de la plupart de ces animaux. D’autre part, pour une ouverture et une tension détei minées de la glotte, les oiseaux ne pourraient faire entendre qu’un son, comme dans les tuyaux a anche solide ou membraneuse, et ne produiraient pas les harmo¬ niques du son fondamental, comme le suppose Cuvier, et comme l’a constaté Sa¬ vait (1) : ayant rapidement enlevé la trachée-artère et les bronches d’un oiseau chanteur qu il avait fait périr à l’instant même, Savarl avait obtenu, en soufflant dans cet organe, le même son que celui arraché à l’animal par la frayeur peu d’in¬ stants avant sa mort ; puis, en variant la vitesse du vent, il avait obtenu tous les sons possibles compris dans un intervalle d’environ une octave et demie. Cette expé¬ rience, faite sur des merles, des étourneaux, des linottes, etc., prouve que des sons, très éloignés les uns des autres, peuvent être produits par le larynx inférieur des oiseaux, sans que l’état de cet organe subisse aucun changement important. Tout en laissant à Cuvier le mérite de sa comparaison, les précédentes consi¬ dérations ne permettent pas d’assimiler la glotte des oiseaux à une anche ordinaire, susceptible de vibrations sonores. Théorie de Savart. ■ 11 est incontestable que Savart a tracé et suivi la vé¬ ritable route dans la recherche des causes qui produisent la voix chez les oiseaux. Ce physicien s est élevé à une grande hauteur de conception et de vue dans ses ti avaux anatomiques, ses comparaisons et sa théorie que d’autres expériences piojetées auraient élevée au rang des vérités les mieux établies. Pour ne pas altérer la netteté et la précision de langage, dans un travail qui a occupé Savart pendant de longues années, nous croyons rendre service au lecteur en reproduisant la partie de son mémoire dans laquelle il explique la formation de la voix chez les oiseaux : * En supposant, dit-il, le tuyau vocal des oiseaux embouché à la manière de nos tuyaux d’orgues, il devrait donc, par de simples variations dans sa tension, être susceptible de produire plusieurs sons, en général plus graves que celui que la colonne d’air qu’il contient ferait entendre dans un tube de même dimension, op¬ posant une résistance invincible au mouvement. Mais son mode d’embouchure, qui n’a point d’analogue dans nos instruments de musique, présente une disposi¬ tion particulière d’où il résulte, de la part des parois du tube, une influence beau¬ coup plus considérable sur le nombre de vibrations de la colonne d’air. Comme ( 1 ) Mém, rit., p. I 22.