IX Bien d’autres exemples marquent de semblables revirements d’opinion. Je n’en citerai plus qu'un parce que la forme en est franchement curieuse. J’ai plaisir à me souvenir que M. Bourgault-Ducoudray, avait été invité, un jour, par Mlle Denise Taine, une sincère artiste de l'Harmonium Mustel, à venir entendre l’une de ses compo¬ sitions, une gavotte, je crois, qu’elle venait de transcrire en vue d’un prochain concert. Pour préciser, ceci se passait en notre ancienne salle de la rue St-Maur. Le Maître vint et son entrée fut déconcertante au possible : « 11 faut que vous n’ignoriez pas, mon cher Mustel, que je n’aime pas l’Harmonium. En me rendant chez vous, j’ai voulu répondre simplement au désir de MUg Taine. Vous ne m’en voudrez pas de vous l’avoir dit. » Ce fut sous cette impression pénible que commença l'audition. Pourtant, peu à peu, au fur et à mesure de l’exécution de son œuvre, la physionomie du Maître parut obéir à des sentiments divers, semblant chercher quelle cause pouvait produire les sonorités qui remplissaient la salle, puis, tout à coup, se levant, il se rapprocha de l’Harmonium, prêtant une oreille plus attentive ; enfin, n’y tenant plus : « Mais, ce n’est pas possible, dit-il, ce n’est pas là un Harmonium, c’est-à-dire un instrument con¬ fectionné d’anches libres ! » « — Mais si, répartit mon père, seulement, cher Maître, celles-ci sont traitées comme elles doivent l'être ! Et si vous n'en aviez jamais entendues que de pareilles, sans doute n’auriez-vous pas exprimé le jugement que vous portiez tout à l’heure, et que vous regrettez certainement ! » Le Maître, en effet, regrettait ses paroles, et, quelques jours après, il écrivait sur une page d’album : « 'Vous m’avez, mon cher Mustel. réconcilié avec un instrument pour lequel f éprouvais la « plus vive antipathie )). Déclaration franche et droite d’un homme qui avait, lui aussi, jusque-là condamné. Estimant qu'un livre est un document d'avenir indestructible, j'ai cité ces exemples comme autant de preuves irréfutables que l’Harmonium doit être de fabrication irrépro¬ chable sous peine d’être un instrument de mauvais goût, capable de rebuter les meilleures volontés et de se créer l'inimitié des vrais artistes L'Harmonium commercial ayant créé partout, hélas ! cette inimitié des vrais artistes,