346 ANALYSES. vitalité du coeur, qui, depuis bien longtemps, est considéré comme l'u 11 i m o m o r i e n s de l’organisme animal. C’est surtout le coeur des animaux inféri¬ eurs, à sang froid, qui présente sous ce rapport les phénomènes les plus sur¬ prenants. Un coeur de grenouille séparé du corps et suspendu a un fil con¬ tinue de se contracter presque pendant une semaine, pourvu qu’on l’empêche de se dessécher. Dans ces mêmes conditions les pulsations d’un coeur de tor¬ tue durent 10 — 12 jours et même davantage. La vitalité du coeur des ani¬ maux à sang chaud est beaucoup moindre, mais encore les contractions du coeur durent elf s quelquefois des heures entières après la mort. Czermak et P i o t r o w s k i *) conclurent d’une série d’observations que la durée ma¬ xima des pulsations du coeur chez des lapins décollés était de 36 minutes. Rousseau2) observa des contractions du coeur pendant l’autopsie d’une femme décapitée, 29 heures après l’exécution. V u 1 p i a n 3) trouva dans un cas qu’un coeur de chien battait encore 93 heures et demie après la mort de l’animal. D’un autre côté Regnard et Love *) observèrent en faisant l’autopsie d'un cadavre 20 minutes après l’exécution du patient que le coeur cessa de se contracter environ une heure après la mort. Cependant la suspension des pulsations n’est pas encore un indice de la mort définitive de l’organe. Ayant fait mourir un lapin par hémorrhagie, A r- n a u d 5) lui injecta quelques minutes après l’arrêt complet du coeur du sang- artériel défibriné dans l’aorte vers le coeur, et les battements recommencèrent aussitôt. Hé don et Gilis ") étudièrent une heure environ après le supplice le coeur d’un homme décapité; lorsque ce coeur eut cessé de battre et ne réagissait plus contre les excitations extérieures, ils injectèrent du sang arté¬ riel défibriné dans les vaisseaux coronaires et observèrent des contractions des oreillettes et du ventricule droit. Grâce à la méthode de la production d'une circulation artificielle dans un coeur séparé du corps, on a pu se convaincre que le coeur des animaux à sang chaud possède l'aptitude de se remettre à fonctionner après une suspension des pulsations assez prolongée. Langen- dorff 7) affirme qu’il ne voyait en général aucune nécessité de trop se hâter â préparer les coeurs pour l’expérience, vu qu’d réussissait à leur restituer le fonctionnement perdu, quelquefois même après un arrêt de deux heures. Il sup¬ pose même que cette ranimation est toujours possible tant que le muscle car¬ diaque n’est pas raidi. Ni l’arrêt produit par l'action du froid ni une suspen¬ sion peu prolongée des pulsations par celle de la chaleur n’a de suites fatales pour le coeur. Si l'on fait passer â travers les vaisseaux du coeur une so¬ lution physiologique de NaCl au lieu de sang, les pulsations s’affaiblissent et cessent bientôt, mais aussitôt qu’on y fait de nouveau passer un courant de sang elles recommencent avec la même force. R u s c h v) trouva que quelques au¬ tres liquides (le sang laque, le sérum sanguin, la liqueur de Ringer et d’autres) ont également la propriété de rétablir les pulsations du coeur que l’in¬ jection de la solution physiologique avait fait cesser. Dans les expériences de R o r t e r °) des lambeaux d’un coeur de chien nourris de sérum sanguin qu’on faisait passer par les vaisseaux coronaires se mettaient à palpiter lors¬ qu’on les plaçait dans une atmosphère d’oxygène pur, sous une haute pression.