888 LANGAGE. motrices, probablement sous l’insula, soit de la destruction d’un centre mnésique ou moteur verbal supérieur placé par Armand dans l’insula. On ne peut qu’être frappé de l’importance des altérations fonctionnelles consécutives à la destruction isolée du centre de Broca. L’altération du foyer d’images motrices verbales entraînerait en effet des troubles de la compréhension auditive et visuelle du langage, ainsi que des troubles de l’écriture. On a tenté de l’expliquer en faisant ressortir l’importance du langage parlé daus le monde moderne. Ce centre, ainsi que le faisait observer Pierre Marie dans une judicieuse exposition du mécanisme classique du langage, était indispensable pour la parole, le mot ne pou¬ vant se former que grâce aux multiples processus d’association aboutissant de toutes les autres parLies de l’encéphale à ce centre. Il était indispensable pour la lecture,parce que, pour être compris, le mot lu, c’est-à-dire l’image visuelle, doit subir la transfor¬ mation en images d’articulation. D’un autre côté, si, malgré la destruction du centre de Broca, la parole pouvait être encore comprise, c’est que, toujours pour les classiques, le mot prononcé par l’interlocuteur est tout formé et peut être transmis directement par le centre auditif aux centres d’association qui en assurent la compréhension. L’écriture. — ExNER,puis Charcot, ont localisé le centre de l’écriture au pied de la deuxième frontale gauche, à peu près vis-à-vis du centre moteur de la main au tiers moyen de la frontale ascendante. Cette localisation est actuellement tombée en une juste défaveur, et peu d’auteurs la maintiennent, si ce n’est en des traités didactiques, pour le besoin d’un exposé schématique. Non seulement en effet aucune autopsie n’a permis de fixer un centre à la fonction étudiée, mais physiologiquement il n’apparaît nullement que cette fonction puisse être distinguée des autres fonctions du langage, de la fonction motrice verbale entre autres. « L’écriture, ainsi que l’a indiqué Wernicke, n’est autre chose que la transcription par la main, que la copie des images visuelles des lettres et des mots. On peut écrire avec une partie quelconque du corps, pourvu qu’elle soit suffisamment mobile; ceci montre, partant, qu’on peut écrire avec une partie quelconque de lacorticalité motrice, et que, par conséquent, le centre de l’écri¬ ture n’esl autre que le- centre de la motilité générale (Dejerine). « On a fait également remarquer que les aphasiques étaient incapables de former des mots avec des cubes alphabétiques, fait inexplicable si un centre moteur verbal était seul en cause; en réalité l’agraphie est toujours associée aux autres syndromes aphasiques. Nous croyons utile de noter encore avec FÉRF^que a la représentation mentale d’un son articulé s’accompagne de mouvements des muscles spécialement adaptés à l’articulation et que, lorsqu’on veut représenter graphiquement un son, on l’écrit d’abord avec sa langue ». Ceci est à rapprocher du fait qu’un nombre d’individus considérable ne saurait se repré¬ senter un son articulé sans éprouver immédiatement dans les muscles des mâchoires les sensations musculaires adéquates. Le centre intellectuel supérieur. — Selon la conception ancienne de la physiologie du langage, les centres de réception des impressions sensorielles, les centres d’extériori¬ sation du langage intérieur étaient des groupements inférieurs, capables d’exercer une activité tout automatique, mais soumis pour toute manifestation originale à la prépon¬ dérance du centre intellectuel supérieur, siège de l’idéation et de la volition. Ce centre, clairement apparent sur nos schémas, domine l’entre-croisement polygonal, si l’on adopte le schéma de Grasset, et se trouve à la fois étroitement uni aux centres inférieurs et supérieur à ceux-ci, dépendant de leur activité ; mais également indépendant de ses manifestations. En somme, le langage n’absorberait pas la pensée; il ne serait pour elle qu’un instrument de relation, utile, mais non indispensable; les centres fonctionnels seraient comparables aux ouvriers d’une usine dont le directeur ne peut rien sans les manouvriers attelés à la tâche, mais demeure néanmoins indépendant de leur activité. L’idée s’abstrait du langage, la pensée intuitive brise le moule où l’emprisonne le verbe. On pourrait donc, remarque Stout, penser sans langage et sans signe d'expres¬ sion, dans ces cas par exemple où les rapports constitutifs d’un tout idéal peuvent appa¬ raître immédiatement au foyer de la conscience comme des objets offerts àune attention vigoureuse et soutenue. L’attention aurait alors pour effet de rendre distincl, de donner 1. Féré, Sensation et mouvement. Alcan, 1900,104.