318 GLYCOGÈNE. G est un problème de cet ordre que nous avons à traiter ici. De quelle substance alimentaire dérive le glycogène? Et aussitôt voici un fait qui se présente ; c’est que, lorsqu’on ajoute à notre alimentation des substances comme 1 urée et l’ammoniaque, desquelles assurément ne peut se former de glycogène, cependant on voit augmenter considérablement le glycogène hépatique. Mais on peut expliquer de différentes manières ce phénomène singulier ; d’abord, on peut supposer que les cellules hépatiques qui forment du glycogène avec une substance encore inconnue sont excitées à cette formation par l’ammoniaque, qui agit à la manière d un stimulant : on peut aussi supposer que, dans le foie, ce n’est pas seulement de nou¬ velles quantités de glycogène qui sont formées, mais encore que la quantité finale de glycogène dépend de la consommation du glycogène qui est déjà formé. Si l’on admet alors que 1 ammoniaque ralentit la consommation du glycogène sans diminuer sa for¬ mation, on voit que par l’ammoniaque la quantité de glycogène trouvée dans le foie peut paraître augmentée. Donc cet exemple nous prouve au moins ceci: c’est qu’il peut y avoir un accroissement dans la teneur des tissus en glycogène, dû seulement à faction indirecte de substances desquelles certainement ne dérive pas le glycogène. Mais il est aussi des cas où cette action indirecte existe, sans cependant qu’il soit possible d établir que la substance ingérée ne forme pas elle-même de glycogène. Par exemple, supposons pour un instant, comme nous le verrons plus tard avec détails, que les albuminoïdes, qui ne sont pas des glycosides, sont incapables de former du glycogène, quoique ces substances, introduites dans l’alimentation, augmentent le glycogène de l’or¬ ganisme. Si nous introduisons de l’albumine dans notre alimentation, nécessairement aussitôt vont diminuer les quantités de graisses et d’hydrates de carbone détruites par 1 échange interstitiel, et elles diminueront dans des proportions isodynamiques à l’excès d albumine ingéré. Donc l’introduction d’albumine va produire une épargne de glycogè¬ ne, et, si l’organisme continue à fournir du glycogène aux dépens de substances inconnues encore, cette introduction d’albumine paraîtra augmenter la teneur en glycogène, et par conséquent tendra à nous faire supposer que le glycogène vient de l’albumine. Ainsi, de ce que telle substance peut augmenter le glycogène du corps, on ne peut conclure avec certitude que cette substance a contribué à sa formation. Il y a en réalité un moyen pour en décider : c est le même moyen qui a été employé pour savoir l’ori¬ gine de 1 acide hippurique et de l’urée. Si l’on introduit de l’acide benzoïque, il devient de 1 acide hippurique dans 1 organisme, et est éliminé par l’urine sous cette forme, de même que 1 ammoniaque se change en urée et est éliminée sous cette forme. Pareille¬ ment 1 acide chlorobenzoïque et l’acide amidobenzoïque deviennent de l’acide chloro- hippurique et de l’acide amido-hippurique. De même l’éthylamine devient de l’éthy- lurée. On a essayé d étudier la formation du glycogène de cette manière, mais sans succès : il est assez probable pourtant qu’un jour cette méthode réussira. Par conséquent, même s’il était prouvé que telle substance déterminée, introduite dans le corps, augmente le glycogène, cela ne prouverait pas encore qu’elle contribue à la formation du glycogène. Mais il y a plus; car la preuve décisive de l’augmentation même de glycogène comporte bien des difficultés et des incertitudes. Si 1 on nourrit un animal avec une substance déterminée, comme du sucre, par exemple, et si au bout de quelques heures on le sacrifie pour doser le glycogène de son foie et de ses muscles, il est impossible de savoir combien, avant cette alimentation spéciale, exis¬ tait de glycogène dans son corps. Pour éviter cette difficulté, on le laisse d’abord jeûner quelque temps pour que son organisme cesse de contenir du glycogène; mais cela ne réussit jamais complètement, et ce qu’il y a de plus grave,c’est que des animaux d’organisation sensiblement identique, dans des conditions qui paraissent identiques, après un jeûne également prolongé, renferment encore des quantités de glycogène très considérables, et très différentes d’un animal à l’autre. Et cependant souvent on se contente d une seule expérience de contrôle. Un exemple va prouver ce que j’avance. Mering (A. g. P., xiv, 282) a voulu prouver qu’une nutrition albuminoïde augmente chez le chien le glycogène du foie. « Un chien vigoureux, dit-il, reçoit après vingt et un jours de jeûne, pendant quatre jours, 4 à 500 grammes de fibrine de bœuf bien lavée et 4 grammes d extrait de viande. Six heures après son dernier repas, il est sacrifié. Son poids est de 17,520 grammes; son foie, de 540 grammes, contient 16,3 de glycogène.