DICTIONNAIRE DE PHYSIOLOGIE DIGITALE. — Un certain nombre de principes actifs d’origine végétale, neutres, non azotés, et dont la plupart sont constitués par des glucosides, possèdent, à l’intensité près, sur le cœur des différentes espèces animales, aussi bien à sang chaud qu’à sang froid, une action tellement semblable qu’il est absolument avantageux, au point de vue pharmacodynamique, de grouper leur étude : et en effet, l’action de chacun d’eux pris isolément peut servir de type pour l’étude de tous les autres. Le myocarde, aussi bien que le système nerveux, système nerveux intrinsèque et système nerveux central, sont également affectés par ces substances dont les principes actifs contenus dans la digitale sont le plus habituellement choisis comme type. Bien que ces substances aient été, depuis une soixantaine d’années surtout, l’objet d’un nombre considérable de recherches ayant donné lieu à de remarquables travaux, l’étude de leur action physiologique est plus éclaircie aujourd’hui que celle de leur com¬ position chimique; et les physiologistes sont beaucoup plus d'accord lorsqu’il s’agit de reconnaître les effets produits chez l’homme et les animaux par la digitale que ne le sont les chimistes lorsqu’il s’agit de distinguer les principes immédiats tour à tour désignés par l’appellation de digitaline. On a donné ce nom à ce que l’on a cru d'abord constituer le principe actif de la digi¬ tale. En réalité, les principes actifs contenus dans les diverses variétés de digitale sont assez nombreux; et il est même difficile, actuellement, de résumer ce sujet d’une façon claire et précise, au milieu du grand nombre de mémoires et de travaux contradictoires auxquels il a donné lieu. Dans ces dernières années, la pureté de la digitaline cristallisée, type Nativelle, a été mise en doute, au moins en Allemagne, et on a tenté de lui substituer, comme seul principe défini, la digitoxine, substance encore plus énergique¬ ment active que la digitaline cristallisée de Nativelle, mais aussi inconstante dans ses effets et ne présentant certainement pas des caractères de pureté plus incontestables que ceux du produit isolé par Nativelle. Qu’il y ait dans la digitale, à côté de la digitaline chloroformique cristallisable, un autre produit encore plus actif et plus toxique sur le cœur et la circulation, cela n’au¬ rait rien d’extraordinaire; mais la digitaline cristallisée française n’en constitue pas moins un produit nettement défini, constamment identique et actif, lorsqu’on à pris soin de le préparer par des procédés convenables et de le purifier exactement. C’est à lui que j’accorderai la plus grande importance. Elle me paraît justifiée, tant par sa prédominance au point do vue de l’action toxique et thérapeutique, que par les belles et intéressantes recherches de physiologie qu’il a inspirées à François-Franck. I- — Généralités. — Préparation. — Propriétés. Les digitales appartiennent à la famille des Scrofulariacées; il en existe vingt-six espèces, mais une seule intéresse le médecin ou le physiologiste : ce sont des plantes herbacées, bisannuelles ou vivaces, à tige simple, dressée d’un vert grisâtre, à feuilles alternes, décurrentes, les inférieures rassemblées en rosettes, les supérieures de plus en plus petites, ovales ou ovales-oblongues. * DICT. UE PHYSIOLOGIE. — TOME V. 1