ASPHYXIE. 731 et en particnlier par les anesthésiques. Quand on a empoisonné un chien ou un lapin par une forte dose de chloral, on voit souvent le cœur continuer à battre, alors que la respi¬ ration a cessé. Si l’on ne fait pas la respiration artificielle, l’asphyxie finira par survenir, sans que les mouvements respiratoires spontanés aient reparu. C’est ce qu’on a souvent, assez mal à propos, appelé la syncope respiratoire ; mais cette syncope respiratoire n’est pas dangereuse, si l’attention du médecin ou du physiologiste est en éveil; car elle ne persiste jamais très longtemps, et, tant que le cœur bat, il n’y a pas de danger réel pour la vie de l’animal. Aussi, dans les cas de mort par le chloroforme, ne doit-on pas incriminer l’asphyxie. Sauf le cas de faute lourde du chirurgien, il ne peut y avoir de mort que par la syncope. La syncope tue immédiatement, sans retour possible à la vie, tandis que la mort par asphyxie est toujours longue, et plus longue encore chez les individus chloroformés que chez les autres, de sorte qu’il est difficile d’admettre qu’un chirurgien laisse pendant huit à dix minutes son malade asphyxier, sans songer à regarder comment se font les inspirations. D. —La respiration est suspendue par suite de la paralysie ou de la contracture des mus¬ cles respirateurs. — C’est le cas du curare qui paralyse les terminaisons motrices des nerfs dans les muscles, ou de la strychnine qui détermine la contraction tétanique de tousles muscles; dans un cas comme dans l’autre, la respiration artificielle empêche la mort. Le tétanos traumatique peut tuer aussi par la contracture des muscles inspirateurs. E. — Le sang est empoisonné de manière à ne plus pouvoir fixer l’oxygène. — C’est le cas de l’empoisonnement par l’oxyde de carbone qui a été si merveilleusement analysé par Claude Bernard. La circulation est intacte; les voies aériennes sont libres; les mouve¬ ments respiratoires continuent à se faire, et le milieu extérieur n’a pas changé; mais le sang ne peut plus absorber de l’oxygène et le porter aux tissus. Aussi la mort par l’oxyde de carbone et par quelques autres gaz, dont l’étude toxicologique est moins bien faite, est-elle en somme une vraie asphyxie (asphyxie toxique). Evidemment ces diverses formes d’asphyxie ne peuvent s’observer que chez les ani¬ maux supérieurs, possédant un appareil respiratoire compliqué. Chez les animaux ou végétaux qui ne respirent que par diffusion et qui sont dépourvus d’organes respira¬ toires proprement dits, l’asphyxie ne peut être produite que par la suppression de l’oxy¬ gène ambiant; et, même chez les animaux pourvus de poumons, ou de branchies, quand la peau est nue, une respiration cutanée, encore assez active, intervient, qui permet la continuation de la vie, malgré la suppression complète des organes respiratoires. Durée de l’asphyxie chez l’homme. — La durée de l’asphyxie, c’est le temps qui s’écoule entre 'le moment où commence la privation d’oxygène et le moment même de la mort. Rien de plus important que la détermination exacte de cette durée pour le médecin comme pour le physiologiste. Mais une pareille précision est impossible à obtenir, par cette simple raison que le moment même de la mort ne peut être défini. La physiologie générale nous apprend que les divers tissus, dont l’être est composé, possèdent chacun leur autonomie, et que, lorsque la même cause de mort ou de destruc¬ tion, par exemple la privation d’oxygène, vient à agir sur eux, ils restent encore vivants pendant un temps variable pour chaque tissu. Le cerveau mourra avant le bulbe, et la moelle avant le cœur. Alors quand dira-t-on que l’individu est mort? On pourrait difficilement adopter pour 1a. mort de l’individu le moment de la mort de la conscience; car la conscience se dissout très vite, et, dès que le cerveau n’est plus traversé par du sang bien artérialisé, la conscience disparaît, cependant que l’individu continue à respirer, à se mouvoir, et garde les apparences de la vie. Quelques bouffées d’air pur vont faire reparaître la conscience; c’était l’anéantissement passager, et non définitif, de l’intelligence, et le sommeil plutôt que la mort. Dirons-nous alors que la mort survient quand tout mouvement a cessé, et qu’il n’y a plus ni réflexe, ni respiration? Ce serait, à ce qu’il me semble, une conclusion assez téméraire ; car, si le cœur est animé encore de quelques battements, la vie peut repa¬ raître, dès qu’on pratique la respiration artificielle. Certes, si l’individu est abandonné à lui-même, la mort survient fatalement; mais ce n’est pas une raison pour dire qu’il est mort. Il va mourir, si on ne le secourt pas, mais il n’est pas mort, puisque, si on le