444 AMUSIE. associé et nécessaire des muscles de l’oreille moyenne dans l’audition. C’est surtout dans l’appréciation de la direction et de l’intensité des sons, de la rapidité de leur succession, que nous renseigneraient ces sensations musculaires. Aussi, nous a-t-il semble permis de préjuger que les centres spéciaux de ces éléments kinesthésiques, si particuliers, delà sensation auditive pourraient être altérés isolément, parallèlement à ce qui se passe, comme nous avons contribué à le montrer, en ce qui concerne les centres analogues du langage verbal, où cette sorte de dissociation a pu être constatée. Le rôle des images visuelles dans le langage musical intérieur ne peut offrir d interet que chez des musiciens pour lesquels la lecture de la musique (avec tout ce qu elle suppose de compréhension) est devenue courante. Dans les cas de ce genre eux-memes, on observe rarement que les sujets aient la faculté de se remémorer isolément leurs images visuelles. Toutefois on connaît le cas d’un jeune chef d’orchestre qui dirigeait l’exécution de ses partitions, soit de mémoire, soit en lisant mentalement. De beaucoup plus importantes sont les images motrices, du moins celles qui se rappor¬ tent au chant, et au jeu des instruments. En effet, en ce qui concerne les images motrices graphiques (écriture des notes de musique), il n’existe pas de cas, jusqu’ici, ou leurs représentations mentales aient été affectées seules. Le fait est bien connu du musicien qui ne parvient à se remémorer un air qu’en le fredonnant, ou en jouant de son instrument ordinaire. Il a recours, dans ce cas, à sa mémoire motrice comme bon nombre d’entre nous, qui, comme on le sait, ne parvenons a retrouver 1 orthographe exacte d’un nom qui nous a échappé, qu’en l’écrivant. Certains musiciens sont même de véritables moteurs, en ce sens qu’ils n’arrivent à se rappeler un motif que s ils Je chantent intérieurement, ou se le remémorent en exécutant les mouvements necessaires à son exécution instrumentale. Ces exemples montrent bien que les mouvements coor¬ donnés pour le chant, de même que ceux qu’exige le jeu des instruments de musique variés, dépendent probablement de centres également distincts et specialises. Toutefois, si ces seules considérations d’ordre physiologique paraissaient insuffisantes pour cette démonstration, on pourrait faire valoir à l’appui les observations pathologiques de cas caractérisés par l’existence isolée de chacun de ces troubles, observations ou se trouvent réalisées les preuves cliniques de cette conception. La différenciation de ces centres de la musique a été même poussée plus loin encore, et on a pu isoler des images purement motrices particulières, relatives au chant et au jeu des instruments, un de leurs elements, commun à tous deux, celui qui correspond au rythme. 11 est arrive en effet que la com¬ préhension du rythme seul fut conservée chez des malades devenus incapables, soit de se représenter la valeur des sons, soit de les reproduire. Nous venons d’établir quelles étaient les composantes essentielles, pourrait-on dire, de la faculté musicale, en dissociant celle-ci en des' éléments moteurs et sensoriels, parallèles à ceux qui constituent le langage parlé. Il est aisé de concevoir que la lesion de l’un ou l’autre des centres correspondant dans le cerveau a ces fonctions relativement distinctes, sera susceptible d’entraîner une forme simple de l’amusie. C’est ainsi qu on a pu observer chez les malades de ces catégories, ou amusiques, d une part de 1 amusie réceptive ou sensorielle, soit auditive (impossibilité pour un musicien de comprendre à l’audition la signification des airs de musique) soit visuelle (incapacité pour un musicien de lire la musique, avec conservation de la lecture des caractères typographiques): d autre part, de l’amusie expressive ou motrice, se révélant sous diverses formes. Chez ces der¬ niers, il s’agit tantôt d’amusie motrice vraie (impossibilité de chanter), tantôt d amusie musicale (impossibilité de jouer d’un instrument). Néanmoins ces cas simples sont des plus rares dans la réalité : le plus ordinairement ce sont des amusies complexes ou totales qui se rencontrent. Le sujet est devenu, par exemple, non seulement incapable de comprendre la musique entendue, mais encore il a perdu en même temps la faculté de chanter et de jouer de son instrument De plus ces troubles de la faculté musicale coexistent très fréquemment avec ceux de la faculté du langage parlé/ avec l’aphasie, ce qui montre bien les relations étroites qui unissent entre eux les centres de ces deux fonctions. Au surplus ces rapports, sur lesquels seuls on a pu se baser jusqu’ici pour admettre la proximité anatomique des sièges des uns et des autres centres dans l’écorce cérébrale nous semblent bien établis par la parenté de leur mode de formation ontogénique.