[ SCULPTURE 150 les bouffces d'une sotte vanite. Nous accordons qu'on ne saurait depassel" la beaute plastique de la statuaire grecque, alors la conclusion devrait etre de chercher une autre face non developpee de la beaute. C'est dans ce sens que les efforts des statuaires du xme sieele se sont diriges. Dans leurs ouvrages, la beaute purement plastique est certainement fort au- dessous de ce que nous a laisse la Grece; mais un nouvel element intervient, c'est Felement intellectuel, que les Grecs les premiers ont fait surgir. La statuaire n'est plus seulement une admirable forme exte- rieure, une sublime apparence materielle, elle devient un etre revelant toute une suite d'idees, de sentiments. Toutes les statues grecques regardent dans leur present et c'est pour cela qu'il est si ridicule de les copier aujourd'hui que ce passe est bien loin, tandis que les statues du moyen age des bons temps manifestent une pensee qui est de Fhumanite tout entiere et semblent vouloir deviner l'inconnu. C'est ce qui nous faisait dire tout a l'heure que beaucoup d'entre elles expri- ment le doute, non le doute melancolique et decourage, mais le doute audacieux, investigateur; ce doute qui, a tout prendre, conduit au grand developpement des soeietes modernes, ce doute qui a forme les Bacon, les Galilee, les Pascal, les Newton, les Descartes. La statuaire des Grecs est soeur de la poesie; celle du moyen age penetre dans le domaine de la psychologie et de la philosophie. Est-ce un malheur? Qu'y faire ? si ce n'est en prendre resolüment son parti et profiter du fait, au lieu d'essayer de 1e cacher. La plupart de nos statuaires ne sont-ils pas un peu comme des scribes s'amusant a recopier sans cesse des manuscrits enlumines et refusant de reeonnaitre l'invention de l'im- primerie ? Il ne faudrait pas croire cependant que ces statuaires du XIIIe sieclc n'ont pas pu, quand ils l'ont voulu, exprimer cette serenite brillante et glorieuse qui est le propre de la foi. A Paris, a Reims, bon nombre de figures sont empreintes de ces sentiments de noble laeatitude que l'ima- gination larete aux etres superieurs a Fhumanite. Les anges ont ete pour eux un motif de compositions remarquables, soit comme ensemble, soit dans l'expression des tetes. On peut voir dans les voussures de la porte principale de Notre-Dame de Paris deux zones d'anges a mi-corps dont les gestes et les expressions sont d'une grace ravissante. La cathedrale de Reims a conserve une grande quantite de ces representations (Fetres superieurs, traitees avec un rare rnerite. Les anges poses sur les grands contre-forts, et qui sont de dimensions colossales, sont presque tous des ceuvres magistrales. D'autres, d'une epoque un peu plus ancienne, dest-a-dire qui ont du Gtre Sculptes vers Fannee 1225 et qui sont adosses aux angles des cha- pelles absidales, sous la corniche, ont des qualites qui les mettent presque en parallele, comme faire, avec la statuaire grecque du bOII temps. Nous donnons (üg. 17) la tete d'un de ces anges. Uantiquite n'exprime pas mieux la jeunesse, Yingenuite, le bonheur calme et sür,