[ CIVILE l] 245 [ CONSTRUCTION j Retournons ä eux, d'autant qu'ils ne se doutaient guere, probablement, v qu'il fallut un jour noircir tant de papier, dans leur propre pays, pour "i essayer de faire apprecier leurs effort-s et leurs progres. En avance sur leur siecle, par Petendue de leurs connaissances, et plus encore par leur independance comme artistes; dedaignes par les siecles plus eclaires, qui n'ont.pas voulu se donner la peine de les comprendre, en verite leur destinee est fächeuse. Le jour de la justice ne viendra-t-il jamais pour eux? Les besoins de la construction civile sont beaucoup plus varies que ceux de la construction religieuse; aussi l'architecture civile fournit-clic aux architectes du moyen äge l'occasion de manifester les ressources nombreuses que l'on peut trouver dans les principes auxquels ils s'etaient. soumis. Il est necessaire de bien detinir ces principes, car ils ont une grande importance. L'architecture des Romains (non celle des Grecs, entendons-nous bienl) est une structure revetue d'une decora- tion qui devient ainsi, par le fait, l'architecture, l'architecture visible. Si l'on releve un monument romain, il faut faire deux operations : la premiere consiste a se rendre compte des moyens employes pour elever la carcasse, la construction, Feditice veritable; la seconde, a savoir comment cette construction a pris une formevisible plus ou moins belle, ou plus ou moins bien adaptee a ce corps. Nous avons rcndu compte ailleurs de cette methodeg. Ce systeme possede ses avantages, mais il n'est souvent qu'un habile mensonge. On peut etudier la construc- tion romaine independamment de l'architecture romaine, et ce qui le prouve, c'est que les artistes de la renaissance ont etudie cette forme exterieure sans se rendre compte du corps qu'elle recouvrait. L'archi- tecture etla construction du moyen age ne peuvent se separer, car cette architecture n'est autre chose qu'une forme commandee par cette con- struction meme. Il n'est pas un membre, si intime qu'il soit, de l'archi- tecture gothique, a Fepoque ou elle passe aux mains des laiques, qui ne soit impose par une necessite de la construction; et si la structure gothique est tres-variee, c'est que les besoins auxquels il lui faut se soumettre sont nombreux et varies eux-memes. Nous n'esperons pas faire passer sous les yeux de nos lecteurs toutes les applications du sys- teme de la construction civile chez les gens du moyen fige; nous ne pouvons pretendre non plus tracer a grands traits les voies principales 1 Pour les architectes qui ont quelque peu etudie les arts de Fantirjtiite, la ditfercncc entre l'architecture des Grecs ct celle des Romains est parfaitement tmnchee I ces deux arts suivent, ainsi que nous l'avons dit bien des fois, des voies opposees; mais pour le vulgaire, il n'en est pas ainsi, et l'on confond ces deux arts, comme si l'un n'etait qu'un derive de l'autre. Combien de fois n'a-t-on pas dit et ccrit, par exemple, que le pertail de Saint-Gervais, a Paris, est. un portail d'architecture grecque? ll n'est guere plus grec que romain. C'est cependant sur des jugements aussi aveugles que la critique des 3145 (10 l'architecture se base chez nous depuis longtemps, et. cela parce que nous, architectes, par insouciance petit-ctre, nous sommes les seuls _en France qui irecrivons pas sur HOÜG aff- 2 Voyez nos Entretiens sur l'architecture.