[ CATHEDRALE ] 232 a Qui ne setonnerait pas, disait saint Bernard 1, de voir que la meme a personne qui, Yepee a la main, commande une troupe de soldats, puisse, u revetue de Yetole, lire Ylsvangile au milieu d'une eglise? n Mais les eveques ne tarderent pas a reconnaitre que cette position douteuse ne convenait pas au caractere dont ils etaient revetus. Lorsque la monarchie eut laisse voir que son intention etait de dompter la feodalite, a le clerge sentit aisement? que, dans la lutte qui allait s'engager, les seigneurs seraient vaincus; des lors il rompit avec eux, separa sa cause de la leur, renonea a tout engagement, deposa ses mceurs guerrieres, et meme, abjurant tout souvenir, il ne craignit pas de rivaliser d'ardeur avec 1e trone, pour depouiller les seigneurs de leurs prerogatives. Il commenca par etendre au dela de toutes limites sa juridiction, qui, dans liorigine, etait toute spirituelle ; il lui suffit pour cela d'un mauvais raisonnement, dont le succes fut prodigieux: il consistaita dira que YEglise, eu vertu du pouvoir] que Dieu lui a donne, doit prendre connaissance de tout ce qui est peche, afin de savoir si elle doit remettre ou retenir, lier ou delier. Des lors, comme toute contestation judiciaire peut prendre sa source dans la fraude, le clerge soutenait avoir le droit de juger tous les proces: affaires reelles, personnelles ou mixtes, causes feodales ou criminelles.... Le peuple ne voyait pas ces envahissements d'un mauvais mil; il trouvait dans les cours ecclesiastiques une maniere de proceder moins barbare que celle dont on faisait usage dans les justices seigneuriales: le combat n'y avait jamais ete admis; Pappely etait reeu; on y suivait le droit canonique, qui se rapproche, a beaucoup düägards, du droit romain; en un mot, toutes les garanties legales que refusaient les tribunaux des seigneurs, on etait certain de les obtenir dans les cours ecclesiastiques. l) C'est alors que, soutenus par le pouvoir monarchique deja puissant, forts des sympathies des populations qui setournaient rapidement vers les issues qui leur faisaiententrevoir une esperance d'affranchissement, les eveques voulurent donner une forme visible a un pouvoir qui leur semblait desormais appuye sur des bases inebranlahles; ils reunirent des sommes enormes, etjetant bas les vieilles cathedrales devenues trop petites, ils les employerentsans delai a la construction de monuments immenses faits pour reunir a tout jamais autour de leur siege episcopal ces populations desireuses de s'al1"ran- chir du joug feodal. Cela se passait sous Philippe-Auguste, et c'est en effet sous le regne de ce prince que nous voyons commencer et elever rapide- ment les grandes cathedrales de Soissons, de Paris, de Bourges, de Laon, d'Amiens, de Ghartres, de Iteims. Cfest alors aussi que l'architecture reli- gieuse sort de ses langes monaeaux: ce n'est pas aux couvents que les eve- quesvontdemanderleurs architectes, destaees populations laiques dont les tresors apportes avec empressement vontservir a elever le premier edilice vraiment populaire en face du chateau feodal, et qui finira parle vaincre. l Lettre Lxxvxu. 2 Le comte Beugnot, Institut. de szzmt Louis, p. 172