CARRELA GE 260 terre cuite. Les Romains couvraient ordinairement l'aire (les salles a rez- de-ehaussee de mosaiques composees de petits cubes de marbre de diverses couleurs, formant, par leur juxtaposition, des dessins colores, des ornements et mcme des sujets. Ils employaient souvent aussi de grandes tables de marbre ou de pierre carrees, oblongues, polygonales et circulaires, pour daller les salles qui devaient recevoir un grand concours de monde; car la mosaique ne pouvait durer longtemps sous les pas de la foule. La brique etait rcservce pour les pavages les plus vulgaires. Pen- dant les premiers siceles du moyen age, en France, ces traditions furent conservees; mais les marbres, dans le Nord, ifctaient pas communs, la facon de la mosairlue dispendieuse; elle ne fut que rarement employee pour les pavages (voy. MosAioUE); on lui prefera les dallages graves et incrustes de mastics de couleur, ou les terres cuites emaillees. Partout,en effet, on pouvait fabriquer de la brique, et rien nlest plus aise que de lui donner des tons varies par une couverte cuite au four. Il est vraisemblable que, des Fcpoque carlovingienne, les carrelages de briques de couleur etaient en usage; on pouvait ainsi, a peu de frais, obtenir des pavages pre- sentant a peu pres l'aspect des mosaiques. Cependant nous devons dire que nous ne connaissons aucun carrelage de terre cuite emaillee ante- rieur au Xuesiccle ; on n'en doit pas etre surpris, quand on observe combien peu durent les emaux dont on revet cette matiere : promptement uses, les carrelages de terre cuite devaient etre souvent remplaces. Les carrelages les plus anciens que nous connaissions sontceux que nous avons decouverts, il ya quelques annees, dans les chapelles absidales de Feglise abbatiale de Saint-Denis : ces carrelages sont du temps de Suger; ils furent laisses la plupart en place, a cause probablement de leur beaute, lorsque, sous le regne de saint Louis, ces chapelles furent remises a neuf. Ils sont en grande partie composes de tries-petits morceaux de terre cuite emailles en noir, en jaune, en vert fonce ct en rouge, coupes en triangles, en carres , en losanges , en portions de cercle, en polygones, etc.; ils forment, par leur assemblage, de veritalales mosaiques d'un dessin char- mant. Le carrelage de la chapelle de la Vierge, publie dans les Annales arclecfologiqzees de M. Didron et dans llbzcyclop├Ądie d'architecture de M. Bance, celui de la chapelle de Saint-Gucuphas, egalement reproduit dans ce dernier ouvrage et dans les Etudes sur les carrelages histories de M. Alfred Rame, et restaures aujourd'hui, sont deux tries-beaux specimens des carrelages mosaiques du Xuesiecle. Nous croyons inutile de reproduire ici les ensembles de ces carrelages, et nous nous borneronsa en donner des fragments, afin de faire connaitre la methode suivie par les architectes de ce temps. Ces carrelages se composent generalement de bandes formant des dessins varies, separees par des bordures etroites. L'influence de la mosaique antique se fait encore sentir dans ces combinaisons, car chaque carreau porte sa couleur, et c'est par leur assemblage que les dessins sont obtenus. Les briquetiers du xut sieele avaient pousse fort loin l'art de mouler ces petits morceaux de terre, et souventils composaient des dessins