233 BOURSE BOURSE, s. f. Dans les anciennes villes franches du Nord, des Flandres et de la Hollande, le commerce prit, des le XIVC siecle, une si grande importance, que les negociants etablirent des locaux destines a leurs reunions journalieres, afin de faciliter les transactions. Ges batiments, veritables basiliques des marchands, se composaient de vastes portiques entourant une cour. Au-dessus des portiques etaient menagces des gale- ries couvertes. Un beffroi, muni d'une horloge, accessoire indispensable de tout etablissement municipal, etaitjoint aux batiments. Les villes de France ne prirent pas, pendant le moyen age, une assez grande importance commerciale, ou plutOt les negociants ne composaient pas 1m corps assez homogene et compacte pour elever des bourses. A Paris, on se reunissait aux halles ou sous les piliers de Yhotel de ville. Dans les grandes villes du Midi, qui conserverentleur regime municipal au milieu de la feodalite, comme Toulouse, par exemple, c'etait sur la place publique que se trai- taient, en plein air, les affaires de negoce. Mais en France, c'etait surtout dans les grandes assemblees connues sous le nom de foires que toutes les transactions du gros commerce avaient lieu; et ces foires, etablies a certaines epoques fixes de Fannee sur plusieurs points du territoire, dans le voisinage des grands centres industriels ou agricoles, attiraient les negociants des contrees environnantes. La, non-seulement on achetait et l'on vendait des produits et denrees zipportes sur place, mais on traitait d├╝tlltiires a long terme, on faisait (Fimportzintes commandes, dont les de- lais de livraison et les payements etaient fixes presque toujours a telle ou telle autre foire; car le commerce, pendant le moyeu age, n'avait pas d├╝ntermediaires entrele fabricant et le debitant. Lesjuifs, qui alors etaient les seuls capitalistes, faisaient julutot l'usure que la banque. Un tel etat de choses, qui existaitsur tout le territoire de la France, ne uecessitait pas, dans les grandes villes, Petablissement d'un centre commercial; tandis que les villes libres du Nord, des le XIVe siecle, villes la plupart maritimes ou en communication directe avec la mer, avaient deja des correspondants a Fetranger, des comptoirs, et speculaicnt, au moyen de billets, sur la valeur des denrees ou produits dont la livraison etait attendue. En France, le negociant faisait ses affaires lui-moine, recevait et payait, revendait au debitant sans intermediaire; un local public destine a Fechange des valeurs ne lui etait pas necessaire ; traitant directement dans les foires avecle fabri- cant ou le marchand nomade, payant comptant la marchandise achetee, ou a echeance la marchandiseffcommandee a telle autre foire, il n'avait de relations qu'avec la clientele qu'il s'etait faite, et ne connaissait pas le mecanisme moderne du haut negoee; mecanisme au moyen duquel le premier venu, qui n'a jamais vendu un gramme d'huile et n'en vendra jamais, peut acheter plusieurs milliers de kilogrammes de cette denree, et, sans en toucher un baril, faire un benefice de "'10 pour 100. Les grands marches periodiques ont longtemps preserve le negoce en France de ce que nous appelons la speculation, ont contribue alui conserver, jus- qu'au commencement du sieclc, une reputation de probite traditionnelle. u. 30