VOILE! 478 noblesse. (Tetaient des jeux de combinaison comme les echecs, les tables (trictrac); des chansons, romans ou poemes que debitaient les trouveres, que l'on ecoutait attentivement et qui faisaient le sujet de commentaires sans fin; des gageures, des questions posees et que chacun devait resoudre. On ne voit pas que sous ce rapport nous ayons a nous {latter d'avoir fait de notables progres; loin de la, si l'on considere la vie futile, desceuvree et depourvue de toute occupation intellectuelle de beau- coup de nos grands proprietaires terriens. Villeliardouin, Joinville, etaient gentilshommes et des ecrivains du premier ordre. Ce dernier rapporte que pendant la bataille de la Massoure, etant fort presse par les Sarrasins, le comte de Soissons, qui pres de lui etait, disait, tout en chargeant sur la foule des enne- mis qui les harcelait : a Seneschaus, laissons huer cette chiennaille ; a que, par la Quoife Dieu! (ainsi comme il juroit) encore en par- a lerons-nous entre vous et moi de ceste journee es chambres des a dames 1 n. Aux recits des trouveres, aux chansons, se melait la narration des evenements auxquels assistait cette chevalerie; des combats reels, des perils auxquels on avait echappe, des aventures d'entre-mer; et cela, devant les dames. (les quelques mots du u bons cuens de Soissons v, comme dit Joinville, laissent entrevoir un coin de l'existence de la noblesse feodale pendant les heures de loisir au milieu de ses chateaux, et combien la societe des femmes etait le pivot de la vie sedentaire. Fallait-il que les femmes fussent assez instruites, assez au fait de tout ce qui interessait les hommes pour que ces longues conversations eussent l'attrait qui suggere au comte de Soissons, en pleine melee, les quelques mots cites plus haut. Et, en effet, on est emerveille en lisant les romans, les contes, les chroniques des xne, Xlllc et xive siecles, combien la femme est au fait de tout, comme elle participe a tout; comme elle sait, dans les circonstances difficiles, se tirer d'affaire, commander, prendre une decision ; comme son esprit s'eleve a la hauteur des evenements ; comme elle joint, a tous les charmes d'une education delicate au besoin, des sentiments virils, Findependance du caractere, l'amour de lajustice; comme elle est eloignee de cette devotion etroite et fame- lique si fort a la mode depuis le xvno siecle; comme elle a horreur de la pusillanimite, de l'hypocrisie et de tous ces petits moyens chers aux aimes faibles. Hist, de saint Lourk, le sire de Joinv: Vailly,