431 T0] LEU! ne repond a beaucoup d'autres de la meme nature que nous posons depuis longtemps; et des messieurs qui sont habilles de vetements aussi ridicules qu'incommodes continueront a declarer solennelle- ment, en toutes circonstances, que la France n'a possede le goüt des arts et n'a su les pratiquer que du jour ou elle a porte la grande perruque du xvne siecle. Il est vrai de dire que beaucoup d'entre nous ont fait depuis longtemps et font encore le plus singulier amal- game des vetements portes pendant le moyen age, et qu'on habille volontiers, sur le theatre ou ailleurs, une dame du temps de saint Louis d'un surcot du xve siecle, et Philippe-Auguste d'un corset et d'un chaperon du temps de Charles V; de meme qu'on arme un baron des premieres croisades avec les plates portees a la bataille d'Azincourt. De ce que, vers la [in du moyen age on a souffert des modes ridicules pas plus que ne le sont les notres cependant, car entre le hennin des dames du xvo siecle et le chapeau de nos femmes a la mode, le grotesque et l'absurde se partagent egalement 1 on en conclut que cette longue periode de notre histoire est, au point de vue du costume, une sorte de carnaval etrange. Il y a eu cepen- dant de longues annees de raison et de bon sens, au milieu de ces exees des modes, et l'histoire veut que ces annees sensees soient celles ou la civilisation, les arts, la richesse, les progres en tous genres, se sont particulierement developjies. En veut-on la preuve? il est facile de la donner, sans remonter au dela du XIIÜ siecle. A dater du regne de Philippe-Auguste, jusque la bataille de (lrecy, la France ne subit pas de desastres interieurs. Des les premieres annees du 11111" siecle le vetement adopte des formes nouvelles, sim- ples, faciles et s'appropriant exactement aux besoins des tlilferentes classes qui les portent. Pendant tout le temps du regne de saint Louis, ce vetement se conserve, au moins quanta ses dispositions generales. La cour du sage roi tend plutot a _restreindre le luxe qu'a le develop- per. La France, pendant cette longue periode, est riche, prospere, acquiert une predominance inconnue jusqu'alors. Saint Louis mort, ses successeurs ne donnent pas l'exemple de la modestie dans les habits, lesquels deviennent de plus en plus riches ; les modes se pres- 1 Avee le hennin, ou les cornes, les femmes ne laissaient pas voir la moindre partie de leur chevelure; la suprüine eleganee consistait meme ä paraitrc n'en point avoir. Aujourd'hui, par contre, nos dames portent les cheveux de deux ou trois femmes, sans compter les leurs, ce qui leur fait des tetes euormes. On lfoserait dire laquelle des deux modes est la plus ridicule; du moins, si les dames du xvv sieele azaehaient ce qu'elles possedaient, elles uempruntaient pas ä. des cadavres ou de pauvres filles ce que la nature a eu le goüt de leur refuser en telle abondance.