223 ROBE lite, quel sentiment de la realite, certains de nos peintres ont pu rendre les vetements des derniers siecles et se penetrer de la physio- nomie de ceux qui les portaient; mais si l'on remonte plus haut, si l'on entre dans la periode du moyen age qui cependant preterait tanta la peinture, alors nous retombons sur un poncif aussi faux qulil est ennuyeux. Ces peintures rappellent le theittre et sa friperie, l'atelier du costumier et le magasin des accessoires. Maigre l'imperfection des representations peintes ou seulptees sur les monuments du moyen age, surtout des epoques primitives, on peut, avec de l'attention, distinguer ce qui, a travers cette imperfec- tion meme, indique une habitude, un port, chez les personnages ainsi representes. La maniere de draper les vetements longs, de les relever avec les bras, la demarche, sont appreciables, d'autant mieux souvent, que les exemples sont plus grossiers et naifs. Ainsi, par exemple, on observe que les personnages qui portent de tries-longues manches ont toujours un mouvement recourbe de la main pour qu'elle reste libre, en arretant le bord du vetement au poignet; que les femmes ont habituellement l'un des bras ou une des mains occupes a relever la partie de la robe trainante on le bord du manteau ; que les longues manches exigent le ploiement habituel du bras; qu'il y a presque toujours un mouvement du haut du corps en arriere, sur les reins, pour fäloigner des pieds les plis tombants de la robe; que les longues tresses ou les cheveux tombant par der- riere invitent a tenir la tete haute et le menton en avant; que le poids du manteau agrafe sur les epaules force a relever legeremeut celles-ci par un geste habituel, pour mieux resister a la fatigue causee par ce poids. On observe, chez les hommes egalement vetus de longues robes, la coutume, lorsqu'ils sont assis, de passer une jambe presque horizontalement sur l'autre, atin d'eviter ainsi le frot- tement desagreable et le poids de Petoffe tendue sur les genoux; l'usage de placer la paume de la main gauche sur la cuisse, aiin de Soulager Pepaule du poids du manteau tombant de ce cote, en le reportant sur le coude et Parriere-bras. (Jette coincidence forcee entre le vetement et les mouvements habituels du corps est un sujet däätudes plein dünteret pour les artistes qui voient autre chose dans la peinture que la copie de cos- tumes poses sur le premier modele venu, ne sachant pas souvent meme porter l'habit du jour. On s'imagine volontiers que nos aieux allaient vaquer a leurs affaires ou a leurs plaisirs avec un ou deux vetements sur le corps,