356 Ylli PRIVIÜJE NOBLESS E ÜUDALE. a regis par elle, car l'amiral etait un riche seigneur, possedant des a terres et de grosses rentes, mais ne se melait de rien, car sa dame suflisait a tout. Et Pero Nifio fut tant aime honnetement de madame a pour le merite qu'elle voyait en lui, qu'elle lui parlait un peu de a ses affaires, et le pria qu'il allat voir son perc, un noble chevalier a qui s'appelait Bellengues et vivaiten Normandie. Parmi les renseignements que-fnous fournit ce passage, l'un des plus curieux est certainement celui concernant lachatelaine, qui remplit exactement les fonctions d'une maitresse de maison, comme on dirait aujourd'hui; dont l'appartement est separe des autres corps de logis par un pont-levis; qui exerce, dansle domaine, un pouvoir entier. Au x1v"sierle donc, l'importance de la femme dans le chateau feodal etait considcralale. Le passage de dont Pero Nino n'est pas le seul qui puisse nous eclairer sur ce fait : Froissart et les auteurs des xive et xv" siecles, parlent frequemment de_ chatelaines possedant la direction des affaires du seigneur. On comprendra facilement com- ment, sousjune pareille influence, les chateaux des seigneurs feo- daux devaient se garnir non-seulement de tous les objets neces- saires a la vie, mais encore de toutes les supertluites et du luxe dont s'entoure bientot tonte existence riche et oisive. Dans l'espace d'un siecle, les- moeurs feodales s'etaient protondement modifie-es. Les romans du xnr siecle sont remplis d'histoires dans lesquelles les lemmes sont loin d'avoir acquis cette indepentlance que nous leur voyons prendre pendant le XIVC; traitees avec egard et respect, leur role n'est cependant que celuide sujettes. Il n'est point de ruses que les poätes ne leur pretent pour se soustraire a la dependancc absolue de fepoux; ces ruses ont toujours un plein succes, bien entendu. Lorsqu'on lit, comme nous avons du le faire, les romans si nombreux ecrits pendant les xnr cet XIV' siecles, on reconnait bientot que les moeurs de cette epoque etaient fort eloignees dela barbarie. On sent dans ces oeuvres litteraires un parfum de politesse exquise; a chaque page percent des habitudes raflinees, un amour du luxe, de bien-titre, qui ne rappellent guere les mmurs farouches, les grossieres rodo- amontades et le sans-gene que la plupart de nos auteurs modernes ont bien voulu pretctf a la noblesse et a la bourgeoisie de cette epoque. LÜn pourrait, avec plus de raison, reprocher a cette societe des X111" et Xlve siecles une recherche excessive poussce jusqu'a Faffeterie. Charles V avait donne a la reine Jeanne de Bourbon, sa femme, un train magnifique; il l'avait entouree des plus nobles dames de France, a toutes de parage, honestes, duites donneur, et bien a morigenees, car, autrement, ne fussent ou lieu souffertes, et