Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
L'orgue. Ses éléments, son histoire, son esthétique
Person:
Cellier, Alexandre Bachelin
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39818/188/
LE XIXe SIÈCLE EN FRANCE. RENAISSANCE. 
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s arrêta tout d’un coup, puis entonna sur quelques jeux plaintifs et lointains le De pro- 
fundis! L’assemblée entière tressaillit; on vit sur les visages les plus impassibles couler 
des larmes d’attendrissement. » Le commentaire littéraire vaut le thème musical. Mais, 
dès 1845, Danjou écrit : « Son style appartient (...) au genre du piano plutôt qu’à celui 
de l’orgue; son exécution sur les pédales est semblable à celle des organistes français 
qui n’emploient guère que le pied gauche et ne pratiquent pas la manière allemande. » 
Cette même année Lefébure joue, le 19 juin, à Toulouse pour l’inauguration de l’orgue 
de Saint-Sernin; la Revue et Gazette musicale du 13 juillet dit : « Cet artiste, dont le talent 
brille ordinairement sur des petits instruments appropriés à la légèreté, la grâce de son 
jeu, a, dans cette circonstance, éprouvé un échec complet (...). Nos vieilles cathédrales 
s indignent quand on les étourdit de ces flons-flons, et leurs échos, s’emparant de toutes 
ces mélodies (...), les rendent ridicules et embrouillées pour l’auditeur. Quand donc les 
organistes français comprendront-ils que leur instrument ne comporte que des idées 
majestueuses, un style large, des effets grandioses, des mélodies élevées, une harmonie 
riche, une exécution grave? » L’abbé Régnier voit en lui le plus brillant des organistes 
à qui « la valse et l’ouverture d’opéra paraissent le sublime de l’Introït et de l’Offertoire ». 
Selon d’Ortigue, Lefébure pourrait amener à douter si « la méthode dont J.-S. Bach est 
resté l’impérissable modèle n’est pas incompatible avec le progrès de l’art ». Et voilà 
qui nous ramène à Boëly. 
Bach est devenu la pierre de touche. Ce que les organistes écrivent de lui sert avant 
tout à les situer. Gounod, en 1841, ignore absolument Bach, et Mendelssohn, qu’il voit 
à Leipzig en mai 1843. « Il était organiste de premier ordre, écrit Gounod, et voulut me 
faire connaître plusieurs des nombreuses et admirables compositions que le grand 
Sébastien Bach a écrites pour l’instrument sur lequel il régna en souverain. Il fit, à cette 
intention, visiter et remettre en état le vieil orgue de Saint-Thomas que Bach lui-même 
avait joué jadis et, là, pendant plus de deux heures, me révéla des merveilles que je ne 
soupçonnais pas. » En 1843 Danjou recommande, pêle-mêle, les œuvres de Rinck, 
Neukom, Boëly, Fétis, Benoist, Bach, mais surtout « les compositions pour piano de 
Haydn, qui se rapprochent beaucoup du style qui convient à l’orgue ». En 1844, lors de 
1 inauguration de I orgue de Saint-Eustache, Adolphe Hesse ayant joué quelques magni¬ 
fiques fugues de Bach, 1 assistance n’y comprit rien et s’ennuya, et je ne prétends pas que 
« 1 assistance » d aujourd hui soit très différente. La même année on lit dans la Revue et 
Gazette musicale du 3 novembre que la forme de Bach est scientifique et manque de 
poésie : trop de fugue « avec son bagage de recherches ardues, de calculs inextricables ». 
Le secret du style religieux, on le trouve dans Palestrina et dans Marcello. Le 22 jan¬ 
vier 1863 eut heu à Saint-Bernard de la Chapelle l’inauguration de l’orgue tenu par 
Chauvet qui joua la Toccata et Fugue [sic] de Bach. Louis Roger, rédacteur en chef de 
la Revue de musique sacrée, écrit, le 15 février suivant : « L’assemblée ne paraissait pas 
trop comprendre ce que signifiait ce mouvement de notes qui ne parle pas au cœur et 
qui ressemble assez à un défi que se serait porté l’organiste. Les musiciens n’étaient guère 
plus émus : ils écoutaient avec plus de curiosité que de plaisir. Comme il est convenu 
qu on ne doit pas toucher à certains hommes qui sont des arches saintes dans le temple 
des arts, peut-être ne diront-ils pas tout haut ce qu’ils pensaient tout bas, mais nous ne 
partageons pas cette exagération du respect. Tout en restant pour nous la plus éton¬ 
nante organisation musicale qui ait existé, Sébastien Bach n’est pas et ne sera jamais
        

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