Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
Études de rythmique et d'esthétique: Du role de l'e muet dans la versification française
Person:
La Grasserie, Raoul
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39757/35/
Voilà six vers qui se suivent et se terminent tous par des rimes 
masculines. Bien plus, ce qui est autrement grave, dans la poésie 
assonante la rime féminine rime avec la masculine. 
Ces poètes ne sentaient pas la sonorité de Ve muet, pas plus 
que nos paysans, comme nous le verrons plus loin, ne la sentent 
aujourd’hui. C’est pour cela qu’ils ne le comptent pas non plus 
à l’hémistiche. Cependant l’habitude de faire rimer un mot mas¬ 
culin avec un féminin disparaît vite. On acquiert la sensation de 
la valeur rythmique de Ve muet, mais non encore de sa fonction. 
Voici cette fonction. On doit faire se succéder deux rimes 
masculines, puis deux féminines, puis deux masculines, sans 
pouvoir jamais changer cet ordre; ou bien faire alterner en 
faisant se succéder un vers en rime A masculin, puis un autre 
en rime B féminin, puis un troisième vers en rime A masculin, 
enfin un quatrième vers en rime B féminin. Nous ne décrivons 
pas ce procédé qui esttrop connu,nous voulons seulement le situer. 
Quel est son but ? Il ne peut en avoir un esthétique, dans l’in¬ 
tention de produire tel effet poétique, car il est toujours le même, 
quelque soit le sujet. 
Son effet rythmique est de procurer une alternance entre le 
rythme asceîidant et le rythme descendant, ce qui donne une 
oscillation des plus agréables à l’oreille. Le rythme naturel du 
langage français est ascendant, iambique, la syllabe accentuée 
se trouvant à la fin des mots, et Ve muet qui suit se prononçant 
à peine dans le langage ordinaire ; comme toute ascension, 
celle-ci ne laisse pas de devenir pénible à la longue ; si le vers 
pouvait finir en pente, en pente très douce, il y aurait là, au point 
de vue sensationnel, un délassement, non point le repos entier et 
profond créé par le silence qui suit le vers, mais le repos 
conscient. Tous les rythmes ont obtenu ce résultat par les syl¬ 
labes atones; en Italien même, cette descente est à plusieurs 
degrés; dans le vers tronco, finissant sur une syllabe accentuée, 
il n’y a point d’atones à suivre; dans le piano il y en a une, 
comme dans la rime féminine française ; dans le sdrucciolo, il 
y en a deux; ces syllabes surnuméraires ne comptent pas pour 
le nombre de syllabes, mais on ne les en entend pas moins ; le 
français ne peut obtenir ce résultat qu’avec Ve muet. Mais il 
l’obtient plus complet, parce qu’il y a dans cette langue beau-
        

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