Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
Études de rythmique et d'esthétique: De l`élément psychique dans le rythme et de ses rapports avec l'élément phonique
Person:
La Grasserie, Raoul
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39742/69/
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Les patois ont la naïveté du vieux français, ils offrent une foule 
de nuances et présentent contre les doublets d’origine savante 
des doublets de langage populaire qui remplacent ceux qui ont 
souvent disparu du langage normal. 
L’argot a moins de puissance. Il est plus souvent grossier, et 
c’est plutôt une dégénérence qu’une restauration du langage. 
Cependant il peut fournir des termes énergiques. 
Le langage, et surtout le langage poétique, se retrempe dans 
ces éléments populaires comme dans sa source; il se défend 
ainsi contre les entreprises du langage artificiel et savant. 
Une dernière source de néologisme est celle qui dérive des 
langues étrangères. L’invasion des mots étrangers dans la prose 
meme, est très grande en français. On ne dit plus le chez soi, 
mais le home, la collation, mais le lunch; la poésie a été envahie 
à son tour : le souvenir est devenu la remembrance. 
Ce néologisme est moins naturel ; la vie internationale n’est 
pas encore assez intense pour avoir vulgarisé ces mots en 
dehors de l’effort des littérateurs ; c’est tout au plus un souvenir 
de voyage. Mais il tendra à grandir avec les relations réelles de 
peuple à peuple. 
Le néologisme, sous les différentes formes que nous venons 
d’observer, est légitime, il est conforme à la nature de la poésie, 
mais à trois conditions : 1° celle de ne pas perdre pied, c’est-à-dire 
de ne pas être inintelligible à un grand nombre de personnes ; 
2° celle de ne pas parcourir d'un seul coup plusieurs degrés, nous 
en avons donné un exemple; 3° celle enfin, la plus essentielle, 
de ne pas créer un mot nouveau, lorsque la nuance est suffisam¬ 
ment exprimée par une expression normale ; à ce titre, nous ne 
comprenons pas la concurrence de ces deux mots : remembrance 
et souvenir. 
Voilà pour la partie lexiologique du langage poétique; exami¬ 
nons sa partie grammaticale. C’est ici surtout que se réalisent 
les qualités que nous avons exigées : la clarté, la simplicité, le 
naturel, le mouvement. 
Le système classique avait créé à la poétique une grammaire 
particulière presque sur un seul point, celui des inversions, et 
c’est précisément celui où l’écart loin de la grammaire normale 
est faux et dangereux. En effet, l’inversion ne nous est plus 
naturelle ; elle est contraire à l’évolution de la langue française.
        

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