Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
Études de rythmique et d'esthétique: De l`élément psychique dans le rythme et de ses rapports avec l'élément phonique
Person:
La Grasserie, Raoul
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39742/22/
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situation, de son âge, etc., j’ai de l’abstrait, et ici del 'objectif 
abstrait. 
La division en abstrait et concret se croise donc avec celle en 
subjectif et en objectif. 
M. Taine a remarqué avec raison que toute 1 école classique a 
fait de la poésie purement abstraite. On y décrit, par exemple, 
un arbre,en général, sans indiquer à quelle essence il appartient, 
un chêne, en général, sans désigner ses caractères individuels 
ni sa situation. En ce qui concerne le fait humain, on peignit 
les Grecs et les Romains comme des Français, ou plus exactement 
encore comme des hommes en général. Or, l'arbre, en général, 
Yhomme, en général, n’existent pas, ce ne sont que des etres 
fictifs, des êtres de raison, abstraits. 
La peinture de l’être abstrait ne saurait intéresser vivement 
ni produire une profonde émotion. Ce qui nous entoure, ce ne 
sont pas des êtres abstraits, ce sont des individus, des objets 
individuels, des choses individuelles. L'être concret est vivant', 
l'être abstrait est mort, ou plutôt n’a jamais vécu. 
Dans la littérature actuelle on a mis cette leçon à profit. En 
effet, la littérature abstraite s’est vite épuisée, elle s est rongée 
elle-même faute d’aliments, et quand on a décrit 1 arbre, en 
général, ou Vhomme, en général, et même l’ambitieux, en 
général, l’avare, en général, que reste-t-il? Rien. Il faut re¬ 
venir au même homme,, au même avare, au même ambitieux. 
Au contraire, les êtres concrets non seulement intéressent 
et impressionnent davantage, mais de plus ils sont inépui¬ 
sables. Aussi décrit-on aujourd’hui avec raison les hommes, 
les faits et les choses les plus particuliers possible, avec toutes 
les circonstances et dépendances qui les individualisent com¬ 
plètement. Bien plus, on prend souvent pour type une personne 
qu’on a connue, qu’on fait poser moralement, et on peint 
même les impossibilités apparentes, les contradictions, les idio¬ 
syncrasies de son caractère. Shakespeare l'avait déjà compris, 
et c’est ce qui donne peut-être la clef de son Hamlet, autrement 
inexplicable. 
De même, lorsque l’auteur, devenant subjectif, se décrit lui- 
même, s’il se décrit avec ses particularités, ses singularités, il 
nous touchera cette fois plus vivement, quoique nous n’aimions 
pas le moi, parce qu’il nous présente alors un être bien réel,
        

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