Bauhaus-Universität Weimar

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LA SENSIBILITÉ MUSICALE 
S il existait des lois propres du développement musical, 
la stricte application de ces lois devrait aboutir, à n’importe 
quelle époque et dans n’importe quel pays, à la création de 
la beauté musicale, d’une manière aussi constante et sûre 
que les lois de la physique aboutissent à la construction 
dune balance juste, et les œuvres de n’importe quel prix 
de Rome qui a lu Sauveur, Rameau, Riemann, Helmholtz 
et M. Vincent d’Indy devraient présenter sur celles de 
J.-S. Bach la même supériorité que les instruments de pré¬ 
cision établis par n’importe quel maître balancier moderne 
sur ceux que construisait Roberval (i). 
La vérité est qu’on ne peut pas plus, par l’application 
des lois esthétiques, tirer une œuvre d’art de la matière 
inerte, qu on ne peut, par l’application des lois astrono¬ 
miques, tirer un univers de la conception d’un chaos homo¬ 
gène (2). Les cosmogonies postulent un déséquilibre, une 
« ride », un coup de pouce, l’art exige une volonté, un parti 
et les lois artistiques, quand elles seront mieux connues, 
nous enseigneront seulement quels sont, étant donné un 
auteur, un public et un milieu transmissif, les moyens les 
plus efficaces de réaliser cette volonté, d’établir une exacte 
correspondance entre l’expression de l’auteur et l’impression 
du public (3). 
H «s* d’ailleurs douteux que de telles lois, par cela seul 
qu elles énonceront des concordances entre des faits quan¬ 
titatifs externes et des faits qualitatifs internes, puissent 
jamais revêtir la forme numérique qui nous paraît l’attri¬ 
but essentiel de la loi scientifique. 
(1) Cf. L’article de M. E. Vuillermoz dans Candide, du 23 janvier 1926. M. B de 
Schloezer, qui croit aux lois objectives de l’art, s’élève avec force contre ; le 
préjugé du progrès artistique » {Revue musicale, juin 1924 n 272) • mais 
cette lde semble précisément inséparable de celle de' loi ob’eckve. L'etmït 
d assmnler la science, qui comporte une construction objective susceptible 
fictivement de progrès et l’art, fait psychique admettant seulement une évo¬ 
lution qualitative. 
(2) Cf E. Meyerson, Identité et Réalité et La Déduction relativiste, passim 
(3) « La musique, dit Myers — il pourrait dire l’art — est une chose qui se 
découvre plutôt qu’un produit qui se fabrique. » Q
        

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