Bauhaus-Universität Weimar

H. PONGS. — L’IMAGE POÉTIQUE ET L’INCONSCIENT 155 
servitude sociale acceptée par amour. Un instant, Hœlderlin sent 
que son amour nouveau pourrait l’arracher à celte dernière et 
sublime solitude, celle du poète. Si l’on considère l'ensemble du 
poème, on peut, à vrai dire, parler d’un « masque héroïque » sous 
lequel le poète cache le désaccord intime de son sentiment. C’est un 
hymne grandiose aux chênes titanhjues, qui sont « autant de dieux, 
unis par un libre lien ». Si l’on compare à la sèche allégorie de la 
« Dame sévère » dans Y Imago de Spitteler cet Urbild où le poète 
unit dans un même symbole la vie de la natuçe et le sentiment qu’il 
a de son moi, on aperçoit aussitôt combien la création imagée de 
Hœlderlin est plus compréhensive et mieux en harmonie avec 
l’univers. Les grands solitaires de l’esprit qui sont ses modèles 
apparaissent ici sous la forme de puissants phénomènes naturels. 
Et c’est justement cette union si manifeste de la nature et de l’esprit 
qui découvre ensuite dans Y Ode à l'Éther l’unité supérieure qui 
englobe toutes les antinomies. L’ambivalence du sentiment vital, 
oscillant entre la vie libre et la vie enchaînée, cède au respect de 
la puissance vivifiante de « l’Éther paternel » qui embrasse d’un 
même amour l’homme et la nature. Bien plus, tout ce qui ressemble 
à un confit dualiste dans la vie1, n’apparaît plus que comme un 
effort pour réaliser cette unité de l’Univers et de Dieu. Dans ce 
grand sentiment, le poète et l’amoureux ne font plus qu’un. Le 
dilemme fatal : amour ou poésie, se résout sur un plan supérieur 
et se formule ainsi pour Hœlderlin : comment l’existence dans 
sa totalité, cette vie elle-même divine, peut elle rendre justice à 
l’amour? Dans son affirmation inconditionnelle de la destinée, nous 
discernons la forme propre des natures géniales. Le conscient et 
l’inconscient ne peuvent pas s’y affronter pour se paralyser récipro¬ 
quement. Tout est déterminé par l’ensemble. Tout s’enlr’aide. Du 
sein de cette force unique et irrésistible surgit dans tout son éclat 
l’Imago du sentiment lyrique. 
Les poésies adressées à Diotima à cette époque révèlent une 
attitude totalement différente de celle qu’adoptent en face de l’amour 
les héros artistes de Spitteler et d’Ibsen. Elles ne s’efforcent pas à 
exprimer l’importance de l’amour pour le moi du poète; elles 
1. Le besoin de s'envoler tout entier, comme Ganymède, et le besoin unsa¬ 
lable (faustien) d'explorer l'univers. Hoelderiix, loc. cit., II, p. 25.
        

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