Bauhaus-Universität Weimar

H. PONGS. — L’IMAGE POÉTIQUE ET L’INCONSCIENT 137 
double jour sur la vie du rêve, grâce d’une part à l’interprétation 
freudienne des symboles matériels dans le rêve, symptôme de l’in¬ 
conscient refoulé, lors d’une émotion le plus souvent érotique, et 
d’autre part grâce au rêve fonctionnel de type anagogique qui tient 
sous le verrou de la censure du rêve les couches inférieures de l’in¬ 
conscient. En partant de ces deux formes exclusives du rêve, le rêve 
instinctif et le rêve anagogique, on arrivera à une forme idéale de 
rêve complexe dans lequel les deux régions de l’âme, l’inconscient 
déchaîné et la tendance anagogique directrice se retrouvent unis. Il 
existe en fait des rêves qui révèlent de façon presque démoniaque 
le dynamisme intérieur d’une âme, ses profondeurs inconscientes 
et l’aiguillon de ses idéals; des cas où l’on peut parler d’une créa¬ 
tion originale de l’homme tout entier, et qui sont aussi éloignés du 
mécanisme instinctif que de la censure arbitraire du type anagogique. 
J’en donnerai un bref exemple, le rêve que Bismarck raconte à 
l’empereur Guillaume dans une lettre reproduite dans les Pensées et 
Souvenirs1. 
« La communication de Votre Majesté m’encourage à lui raconter 
un rêve que j’ai fait en février 1863, dans les jours les plus pénibles 
du conflit constitutionnel auquel personne n’apercevait plus d’issue. 
Je rêvai (et je l’ai raconté dès le lendemain matin à ma femme et à 
d’autres témoins) que je passais à cheval sur un étroit sentier 
alpestre, entre un précipice à droite, des rochers à gauche ; le sentier 
se rétrécissait et le cheval refusait d’avancer, je n’avais la place ni 
de tourner bride ni de descendre de ma monture; alors, de la cra¬ 
vache que je tenais de la main gauche, je frappai la paroi de roc polie 
en invoquant Dieu; la cravache s’allongea démesurément, la paroi 
rocheuse s’abaissa comme la coulisse d’un décor, découvrant un 
large chemin, une perspective de collines et de forêts comme en 
Bohême, des troupes prussiennes avec leurs drapeaux; et, en moi- 
même, je m£ dis en rêve qu’il me faudrait raconter cela à Votre Ma¬ 
jesté. Le rêve s’est accompli; je me réveillai dispos et plus fort. » 
Même si l’on ignorait que c’est Bismarck qui rêve ici, l’impression 
directe de ce rêve clair et grandiose est qu’il a dù être celui d’un 
homme d’action, d’une nature forte et virile qui trouve des images 
1. Gedanken und Erinnerungen, II, p. 222; cf. Freud, III, p. 96 sq. ; Kranefeldt, 
Die Psychoanalyse, Coll. Göschen, n° 1034, p. 74 sq.
        

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