Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
La pensée et la langue, ou: comment concevoir le rapport organique de l'individuel et du social dans le langage
Person:
Sechehaye, A.
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39555/9/
A. SECHEHAYE.— L'INDIVIDUEL ET LE SOCIAL DANS LE LANGAGE 65 
en résulte un équilibre rigoureux de toutes les parties du système, 
lequel constitue un découpage arbitraire, mais tout à fait précis, de 
la matière mentale dans un cadre donné. Ce principe n’est pas 
moins vrai que le précédent, entore qu’il faille y voir la formule 
d’une tendance à l’organisation plutôt que l'affirmation d'un état de 
fait absolument arrêté et immuable, ce qui serait incompatible avec 
le flottement et l’évolution des états de langue. Mais la question est 
de savoir si cette systématisation interne s’applique à la langue de 
chacun, comme nous le pensons, ou si, comme le croit M. Weisgerber, 
elle s’applique à la langue de tous, à quelque chose qui existerait 
au-dessus des « Spracborganismen » particuliers et où ceux ci 
trouveraient une norme absolue pour toutes leursparties, Fn d’autres 
termes, un mot français a-t-il, dans mon français, une valeur en 
raison des rapports qu’il entretient aveclesautres mots que je connais 
et dont je me sers, ou en raison de ceux qu il peut avoir avec les 
autres mots de la langue française en général1? 
Nous ne croyons pas que la conception sociologique de la langue 
nous oblige à admettre l’existence de cette langue en soi, dont ie 
sujet, en dehors des individus parlants, est inimaginable. Dire que 
la langue ou toute autre institution sociale existe dans la commu¬ 
nauté, c’est dire qu’elle existe dans chacun de ses membres pensant 
et agissant en fonction de tous. Un mot français dans ma bouche 
n’esl vraiment un mot français que si je l’emploie de manière à me 
faire comprendre sous le contrôle incessant de l’usage observé autour 
de moi; mais ce n’est que chez moi — ou chez tout autre sujet par¬ 
lant français— que pourront s’établir des rapports d’association 
entre ce mot et d’autres mots pour constituer sa valeur selon la défi¬ 
nition saussurienne. 11 ne faut pas d’ailleurs poser une relation de 
cause à effet allant de la langue de tous à la langue de chacun ou inver¬ 
sement. Ce qui existe dans la vie actuelle de la langue, comme cela 
a dû exister autrefois au moment hypothétique de sa genèse, c’est un 
1. Wenn vir so nachweisen können, dass und wieso auch die Begriffe und 
Wortsystem einer Sprache festgelegt und umgrenzt sind, so ist damit die letzte 
Schwierigkeit beseitigt, die uns vielleicht hätte abhalten können, die Wortinhalte 
als gemeinsamen Besitz einer Sprachgemeinschaft als Wirklichkeiten im Wort¬ 
schatz einer Sprache, also eines sozialen Objektivgebildes anzusehen. Damit 
haben wir den eigentlichen Ort ihres Daseins aufgewiesen : denn im Sprach- 
organismus des einzelnen sind sie nur als Verwirklichungen dieses unpersön¬ 
lichen Besitzes vorhanden (o■ c., p. 61). 
JOURNAL PE PSYCHOLOGIE, 1933, 5
        

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