Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
La pensée et la langue, ou: comment concevoir le rapport organique de l'individuel et du social dans le langage
Person:
Sechehaye, A.
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/image/lit39555/24/
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JOURNAL DE PSYCHOLOGIE 
là échapper aux contraintes sociales et se désolidariser de la vie 
commune. Non, l’isolement réel n’existe pour personne en dehors 
des cas de psychoses. Le génie lui-même ne s’exprime que pour 
essayer de se faire comprendre, fût-ce au moins d’une élite et dans 
une certaine mesure. Comme les autres, il est soumis à la loi de 
l’intercompréhension. Il violente la langue, mais la langue ne lui 
permet pas de tout faire et le force à se soumettre à ses lois 
autant qu’il le faut pour assurer la transmission de la pensée. C’est 
un principe en mécanique qu’il n’y a de transmission de force que 
là où l’organe intermédiaire résiste et cède à la fois ; il n’en est pas 
autrement ici, et c’est par un processus analogue que le fruit de la 
pensée individuelle se transmet à la communauté et s’incorpore 
à son patrimoine pour autant que celle-ci est capable de se l’assi¬ 
miler. Et ce que nous disons du génie est vrai mutatis mutandis de 
toute pensée originale, si modeste soit-elle, qui s’exprime et qui se 
propose comme une contribution personnelle à l’effort de la collec¬ 
tivité tout entière. L’individu rend donc à la société avec intérêts ce 
qu’il a reçu d’elle, et celle-ci assure à son tour, et d’autant mieux, 
le progrès de l’individu. Telle serait du moins la forme schématique 
d’un fonctionnement idéal de ces deux forces conjuguées. 
Nous ne parlons ici que de l’effort linguistique, qui vise à créer et 
à entretenir un instrument d’expression et de pensée. Mais il est bien 
facile de remarquer qu’il en est exactement de même, quoique sous 
une forme parfois plus dramatique, dans d’autres domaines de la 
vie sociale, par exemple en ce qui concerne les idées morales, les 
croyances religieuses (ou antireligieuses), les formes d’art, etc. 
C’est la masse qui fournit — n-on pas elle seule en tant que masse, 
mais par la force des individus qui la composent agissant collective¬ 
ment — les formules des mœurs, des croyances et des styles. Ces 
formules paraissent souvent écraser et déformer les individus, mais 
c’est grâce à elles que des consciences d’hommes se trouvent placées 
devant des problèmes précis, éprouvent le sentiment d’un conflit et 
s’affirment en proposant des formules nouvelles. Ces formules nout 
velles se rattachent toujours aux anciennes, qu’elles les modifier}-
        

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