Bauhaus-Universität Weimar

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EXPÉRIMENTALE (Méthode). 
mentation m’éclairait sur un point de détail, mais en laissait beaucoup d’autres dans 
l’ombre, et ce n’est qu’à la longue, à force de répéter les mêmes conditions expérimen¬ 
tales, que je parvenais à me faire quelque idée du phénomène. 
Il s ensuit que 1 expérience la mieux faite n’est jamais la première expérience. Ce 
n’est qu’à la suite d’une longue série d’essais que l’on a enfin pu établir l’expérience 
définitive, celle qu’il faut publier, celle qui délimite exactement le phénomène. Tout ce 
qui a précédé celle-ci peut à la rigueur être considéré comme non avenu, ne nous ayant 
servi qu’à mieux faire l’expérience ultime. 
Certes on a le droit aussi d’établir des moyennes, et de chercher dans ces moyennes, 
résultant de chiffres aussi nombreux que possible, la confirmation de telle ou telle 
vérité, la constatation de tel ou tel chiffre. Mais ces moyennes ne seront utiles que si 
les conditions expérimentales sont, sinon identiques, au moins très analogues. 
Il semble que, pour les physiologistes, plus encore que pour les chimistes ou les phy¬ 
siciens (car la physiologie est une science plus compliquée et généralement plus obs¬ 
cure), le seul moyen d’éviter d’irrémédiables erreurs est de répéter, sans se lasser, toutes 
les expériences. Qu’on ne craigne pas de piétiner sur place ; quand on sait et qu’on veut 
observer, il y a, dans chaque expérimentation, un large champ ouvert à l’observation 
et à la constatation de phénomènes nouveaux. Cette méthode de la répétition fréquente 
presque incessante, quoiqu’elle paraisse fort lente, en réalité est la plus rapide • car 
elle évite tout retour en arrière, et chaque pas qu’on a fait est définitif. 
On voit donc que finalement les qualités de l’expérimentateur, outre les qualités 
d’invention et d’imagination, doivent être toutes celles de l’observateur. Si l’on a bien 
observé, on est bien près d’avoir fait une bonne expérience. Mais il ne faut pas s’ima¬ 
giner qu’il soit facile de bien observer. Combien de savants, dit quelque part P. Bert 
se conduisent comme de véritables somnambules, ne voyant que ce qu’ils veulent voir' 
ne cherchant que ce qu’ils veulent chercher ! 
C’est là une erreur déplorable. Quand on expérimente, il ne faut pas avoir d’idée pré¬ 
conçue, ni de parti pris. Il faut tout examiner sine irâ et studio. A. supposer qu’on ait édi¬ 
fié une hypothèse dont on désire voir la confirmation, n’est-il pas plus intéressant de 
trouver que cette hypothèse était fausse au lieu de constater qu’elle était justifiée? Si 
l’hypothèse était probable ou rationnelle, et que le phénomène ne se produise pas 
c’est qu’il y a quelque chose d’imprévu, d’inusité, qu’il est bien plus utile de poursuivre 
que le phénomène vulgaire auquel on s’attendait. 
L’observateur doit donc être impartial, plus impartial peut-être qu’un juge. Une fois 
que 1 expérience a commencé, il ne doit plus se préoccuper que de tout bien regarder 
sans se laisser aveugler par les théories. A ce moment, les faits sont là, les théories ne 
comptent plus. 
Magendie, qui a été le maître de Claude Bernard, et dont le génie perspicace a été si 
utile à la physiologie, Magendie disait qu'il fallait expérimenter comme une bête • et 
Darwin, qui ne connaissait probablement pas le mot de Magendie, se vantait de faire des 
experiences d’imbécile. Ces deux grands savants voulaient dire par là que, lorsque les 
faits sont devant nous, il faut oublier toutes les doctriues que l’École nous a apprises 
pour regarder sans parti pris ce qui se présente à nous, et tout observer Si quelque 
point est défectueux dans cette observation, rien n’est plus facile que de la recom¬ 
mencer et de regarder de nouveau. 
III. De 1 invention et de l’imagination dans les sciences expérimentales. _ 
La répétition et la comparaison ne sont pas les seuls avantages de la méthode expéri¬ 
mentale. Il en est un autre plus précieux encore, si possible ; c’est l’invention 
Claude Bernard a exposé avec une netteté éloquente que l’idée a priori était néces¬ 
saire dans les sciences d’expérimentation. Celui qui se contente d’observer les phéno¬ 
mènes, sans les provoquer, n’a pas un champ très vaste devant lui. Il faut qu’il essaye 
^expliquer ces phénomènes. La cause ultime échappera toujours assurément- mais ce 
n est pas cette cause ultime, inabordable, que nous cherchons; comme les phénomènes 
dépendent les uns des autres, reliés par des séries de phénomènes qui sont des causes 
mais des causes secondes, on peut avancer de plus en plus vers la cause dernière sans’ 
jamms 1 atteindre. Ce sera déjà beaucoup que d’avoir atteint les causes secondes ou
        

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