Bauhaus-Universität Weimar

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ESPACE (Le sens de F). 
préexistence dans notre pensée de cette notion, n’était au fond que l’aveu d’une pareille 
impuissance. Et ce n’est pas tout à fait sans raison que Fr. Nietzsche a pu dire que cette 
formule ne rappelle que trop la virtus dormitiva de l’opium, selon les médecins de 
Molière. 
L’expérimentation physiologique, appuyée sur les données de l’anatomie comparée 
et de la pathologie, était seule compétente pour déterminer quels sont les processus 
psychologiques et les organes des sens qui nous forcent à arranger toutes nos sensations 
dans un espace à trois dimensions et nous ont ainsi imposé, par l’expérience de ces organes, 
les axiomes de la géométrie d’EucLiDE1. Comme les animaux à une ou à deux paires de 
canaux, ne connaissent qu’une ou deux directions de l’espace, il est probable que des 
êtres munis de quatre paires de canaux semi-circulaires (s’ils existent sur quelque pla¬ 
nète) possèdent la notion d’un espace à plus de trois dimensions. Les hommes à trois 
paires de canaux pourront bien suivre les déductions mathématiques de Lobatschewsky 
et de Riemann sur une géométrie imaginaire indépendante de certains axiomes d’EccLiDE; 
mais ils auront de la peine à se représenter les mouvements de corps solides dans un 
espace pseudosphérique, p. ex. Ce n’est que dans l’étude des mouvements des molécules 
que la géométrie non euclidienne pourrait peut-être trouver son application. 
Quand on sera fixé définitivement sur la nature de l’excitant normal qui provoque 
ces sensations, l’accord se fera plus aisément aussi sur les autres points de ma théorie. 
Jusqu’à présent les recherches dirigées dans ce sens ont plutôt abouti à des conclusions 
négatives; on a constaté, notamment, que ces excitants ne se trouvent ni dans les mou¬ 
vements des otolithes ou de l’endolymphe, ni dans les changements d’attitude de la tête 
(voir plus haut 567). Preyer (51), en étudiant la faculté que nous possédons de recon¬ 
naître la direction des sons, voit dans ces derniers l’excitant normal des sensations de 
l’espace. Longtemps avant lui, des expériences analogues avaient amené Autenrieth et 
Kerner à conclure que les canaux semi-circulaires, grâce à « leur disposition anato¬ 
mique dans les trois dimensions » sont aptes à nous renseigner sur la direction des sons. 
Les études qu’ils ont faites sur cette disposition chez les divers animaux sont du plus 
haut intérêt (54). Il aurait fallu bien peu à ces auteurs, peut-être seulement la connais¬ 
sance des phénomènes de Flourens (découverts vingt-cinq ans plus tard), pour reconnaître 
que, grâce à des sensations de direction, le labyrinthe sert à l’orientation dans l’espace et 
à la formation de nos notions d’un espace à trois dimensions. 
Récemment j’ai réussi à trouver encore un autre précurseur de ma théorie dans le 
physiciçn italien Venturi. Sous le titre « Riflessione sulla conoscenze della spazo, etc. (55) », 
Venturi publia en 1792 une étude relatant des expériences faites pour étudier la manière 
dont nous reconnaissons la direction des sons. Chose surprenante, cet auteur, bien que 
contemporain d’AuTENRiETH, n’a pas pensé aux canaux semi-circulaires comme pouvant 
servir â reconnaître cette direction et à former notre idée de l’espace. Imbu de la doc¬ 
trine de Kant concernant la préexistence de ce concept, il ne voulait voir dans l’oreille 
qu’un organe capable de localiser dans l’espace les sensations de l’ouïe, comme nous y 
localisons celles de la vue, du toucher, de l’odorat, etc. 
Pour compléter la série des précurseurs de l’idée que les animaux possèdent un 
sixième sens servant à leur orientation, il faut enfin citer les célèbres expériences de 
Spallanzani (56) sur les chauves-souris. Chose étrange, ce furent les expériences de 
Jurine (57), encore qu’elles parussent établir que l’oreille joue le rôle principal dans 
cette orientation, qui décidèrent Spallanzani à abandonner l’hypothèse d’un sixième 
sens (Voir l’article Chauve-souris de Trouessart dans ce dictionnaire, t. ni). 
Bibliographie. — 1. Locke (John). Essai sur l’entendement humain, vol. ier. — 2. 
Helmholtz. Physiologische Optik, 2e édit., 1896; Vorträge und Reden, 4e édit., vol. n, 
Braunschweig, 1896. — 3. Kant. Kritik der reinen Vernunft, Leipzig, 1818, 34. — 4. Muller 
(J.). Zur vergleichenden Physiologie des Gesichtsinnes, Leipzig, 1826. — 5. Hering (E.). Bei¬ 
träge zur Physiologie, etc., Leipzig, 1864. — 6. Lotze; Sur la formation de la notion de l’es¬ 
pace (Revue philosophique, 1877, n° 10). — 7. Cyon (E. de) (C. R., 1877). — 8. Recherches 
expérimentales sur les fonctions des canaux semi-circulaires et sur leur rôle dans la forma- 
1. Voir mon exposé complet des bases psycho-physiologiques de la géométrie d’EucLiDE dans 
Archiv für die gesammte Physiologie, 1901.
        

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