Bauhaus-Universität Weimar

DÉLIRE. 
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DELIRE. — Définition. —• Divisions. — Quoique le délire soit un phéno¬ 
mène essentiellement pathologique, nous croyons devoir l’étudier (très sommairement) 
ici; car l’étude du délire peut contribuer à élucider certains phénomènes de l’intelligence. 
La définition précise est presque impossible, encore qu’on conçoive assez nettement 
en quoi consiste le délire. Nous pouvons dire que c’est un trouble de la fonction intel¬ 
lectuelle, une perversion de l’intelligence; mais ce sera là une assez médiocre défini¬ 
tion, puisqu’elle suppose, ce que nous ne pouvons pas donner, la définition même de 
l’état normal de l’intelligence. 
Cette dernière définition est d’autant plus difficile que l’intelligence de l’individu qui 
délire ne fonctionne pas suivant une modalité profondément différente de l’intelligence 
d’un individu normal. S’il se produisait dans tout délire des hallucinations, il est clair 
que l’hallucination constituerait un phénomène très net, établissant une démarcation 
tranchée entre l’intelligence normale et l’intelligence du délirant. Mais les hallucina¬ 
tions sont loin d’être constantes dans le délire, et le plus souvent elles font défaut. Que, 
dans le délire très intense, il y ait des hallucinations, ce n’est pas douteux, mais les hal¬ 
lucinations ne sont nullement une des conditions nécessaires du délire. 
De fait le délirant et l’homme raisonnable ne diffèrent pas essentiellement au point 
de vue du mécanisme psychique, quoique les résultats de leur activité psychique soient 
très différents. L’association des idées et la mémoire existent chez le délirant comme 
chez l’homme raisonnable, et se manifestent suivant les mêmes lois. La perception 
et la noliondu monde extérieur sont également conservées ; mais elles sont perverties, de 
sorte qu’il y a en général illusion et aberration. 
Toutefois cette condition même n’est pas nécessaire; car il y a encore délire, sans 
illusions des sens, ni aberrations sensorielles. 
Il me parait donc impossible de donner du délire une autre définition que celle-ci : 
Raisonnements, associations des idées, déductions tirées des perceptions sensitives, qui, 
se faisant suivant les mêmes lois, ne sont pas les mêmes que chez les individus normaux. 
Assimilations baroques, comparaisons défectueuses et singulières; déductions et induc¬ 
tions hasardeuses, souvent absurdes; impossibilité d’arrêter l’essor des associations 
fantaisistes qui se présentent en foule; voilà ce qui constitue le délire. Le délirant rai¬ 
sonne autrement que les autres hommes, mais c’est par le même mécanisme intellectuel. 
11 est essentiellement original; c’est-à-dire qu’il ne raisonne pas et ne juge pas comme 
les autres. Les exemples que nous donnerons tout à l’heure prouveront bien cette 
diversité. 
En tout cas, sans faire aucune théorie, nous dirons que le délire est caractérisé par 
des raisonnements, des associations d’idées, des déductions qui diffèrent des raisonne¬ 
ments, des associations d’idées et des déductions communes à la généralité des hommes. 
Nous diviserons les délires, d’après leur classification étiologique : délires toxiques, 
délires fébriles, délires pathologiques. 
Délires toxiques. —■ Si nous commençons par les délires toxiques, c’est qu’ils 
relèvent plus spécialement de l’expérimentation. On les observe en effet dans bon 
nombre d’intoxications, et même on peut les étudier chez l’animal. 
A. Délire chez l’animal. —- Par suite de la prépondérance énorme des fonctions 
intellectuelles dans la vie organique de l’homme, le délire est bien plus marqué chez 
lui que chez l’animal; mais on peut cependant, par une observation attentive, noter 
des phénomènes du délire chez le chien, par exemple, soumis à l’action de divers 
poisons. 
Prenons d’abord l’alcool : ce qui domine, chez le chien intoxiqué par l’alcool, ce sont 
les troubles dans l’équilibre : il titube comme un homme ivre, mais il ne délire pas 
comme un homme ivre; il n’a pas d’ivresse furieuse; c’est progressivement la perte de 
toutes les fonctions intellectuelles, mais sans la période d’hyperexcitabilité qui se con¬ 
state chez l’homme. 
Au contraire, soumis à l’action du chloral, et mieux encore à celle du chloroforme 
et de l’éther, les chiens poussent des hurlements plaintifs ou des cris furieux, des 
gémissements bruyants, comme s’ils étaient cruellement martyrisés, alors qu’en réalité 
on ne leur fait subir que la chloroformisation simple. Cette agitation frénétique du chien 
chloroformé ressemble beaucoup à un état convulsif, et on a le droit de faire cette assi-
        

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