Bauhaus-Universität Weimar

CERVEAU. 
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ciées; elles arrivent ainsi à réaliser l’illusion de l’unité du moi. Ce n’est pas le cas 
pour les sphères gauche et droite de la vision et de l’audition mentales. Il est très peu 
probable que, chez le nouveau-né, les perceptions de la vue soient associées à celles delà 
sphère sensitive du corps, car, si l’on fait abstraction des faisceaux optiques qui vont aux 
centres corticaux, il n’existe point alors de connexion entre ces deux aires corticales. 
Le nouveau-né possède ainsi plusieurs consciences élémentaires, séparées, dont le 
substratum est une aire corticale de sensibilité, autonome, isolée encore, ne recevant 
de l’appareil périphérique des sens, auquel il est uniquement relié, que des impressions 
dune seule qualité, impressions qu’il élabore plus ou moins, et d’où résultent des réac¬ 
tions motrices transmises à la musculature de l’appareil périphérique du sens considéré. 
Chaque aire sensitive ou sensorielle de l’écorce est reliée dès lors, par un double faisceau 
de fibres ascendantes et descendantes, à l’organe périphérique des sens correspondants. 
L’existence de ce double faisceau de fibres, de direction contraire, est prouvée pour les 
sphères tactile, olfactive, visuelle et auditive. Chaque sphère corticale de sensibilité, 
sphère sensitivo-motrice, est ainsi à la fois le point de terminaison ou de projection des 
faisceaux de sensibilité et le point d’origine des faisceaux de fibres motrices correspon¬ 
dants. Les centres de projection, considérés en eux-mêmes, sont donc des centres ner¬ 
veux pour les réflexes d'origine corticale. A ce sujet, on peut songer sans doute à cer¬ 
tains états crépusculaires de la conscience dans l’épilepsie (vertige), l’hystérie, la syncope, 
la narcose chloroformique, etc., où, à diverses phases du processus, la dissociation des 
sphères sensorielles, isolées des centres d’association, est poussée si loin, que le malade 
peut éprouver des sensations tactiles, sans voir ni entendre. La conscience des centres 
de projection et celle des centres d’association peuvent être abolies séparément, comme 
elles sont sans nul doute successivement atteintes dans les différentes formes d’intoxica¬ 
tion des neurones corticaux. Il existe donc, en dehors de toute participation des centres 
d’association, des perceptions, certainement conscientes (si les conditions d’intensité et 
de durée de l’excitation sont présentes), des aires sensitives et sensorielles de l’écorce, 
mais sans évocation possible d’images, ni de représentations d’objets du monde exté¬ 
rieur, toute représentation de ce genre, dont la synthèse s’opère dans les centres d’asso¬ 
ciation, étant constituée par des perceptions élémentaires dérivées de l’activité synergi¬ 
quement associée de plusieurs sphères de sensibilité. 
Chez les animaux, dont l’écorce cérébrale est surtout composée de sphères de sensibi¬ 
lité, il existe de la mémoire, c’est-à-dire des représentations associées. Flechsig remarque 
lui-mêineque sur certains points de l’écorce de ces mammifères, les sphères sensorielles 
et les sphères d’associations empiètent les unes sur les autres, s’«engrènent », dirait Lu- 
ciani, et se continuent insensiblement. L’étude de la mémoire des sphères corticales de 
sensibilité a certes encore besoin de recherches approfondies. On peut pourtant concevoir, 
selon nous, l’existence, dans l’écorce du cerveau, comme dans la substance grise de la 
moelle ou des ganglions du grand sympathique, de réflexes coordonnés et adaptés, en 
réponse à certaines stimulations de la sensibilité organique ou cutanée, de l’odorat, de 
la vue, de l’ouïe, sans qu’aucun souvenir proprement dit ne survive à l’acte accompli, 
aucune image ou représentation susceptible d’êlre évoquée en l’absence d’excitations du 
milieu interne ou externe. C’est là, dirais-je, l’automate parfait, réalisé à souhait, et de 
toutes pièces, par la physiologie moderne, l’automate de Descartes et de Malebranche : 
« Il n’est pas plus difficile de concevoir que les bêtes, quoique sans âme et incapables 
d aucune perception, se souviennent, en leurs manières, des choses qui ont fait impression 
dans leur cerveau, que de concevoir qu’elles soient capables d’acquérir certaines habi¬ 
tudes. Et après ce que je viens de dire des habitudes, je ne vois pas qu’il y ait beau¬ 
coup plus de difficulté à se représenter comment les membres de leur corps acquièrent 
peu à peu différentes habitudes, qu’à concevoir comment une machine nouvellement 
faite ne joue pas si facilement que lorsqu’on en a fait quelque usage. » (Delà Recherche 
de la Vérité, II, v.) La mémoire n’est pour Malebranche qu’une espèce d’habitude : la 
première consiste dans les traces que les esprits animaux ont imprimées dans le cerveau, 
la seconde dans la facilité que les esprits ont acquise de passer par certains endroits de 
notre corps. « De sorte que, s’il n’y avait point de perceptions attachées au cours des 
esprits animaux ni à ces traces, il n’y aurait aucune différence entre la mémoire et les 
autres habitudes.» Orles «traces » ou « vestiges » des impressions reçues par le cerveau
        

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