Bauhaus-Universität Weimar

CERVEAU. 
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cupidilé, le vol, la gourmandise et le goût de l’ivresse, deux choses peut-être aussi dif¬ 
férentes chez le singe que chez l’homme, encore qu’il soit difficile de dire du singe ce que 
le poète Sheenstone disait de Sommerville, « qu’il buvait pour se procurer les peines du corps 
et se délivrer ainsi de celles de l’esprit » l. Fischer nous montre un rhésus, dont la boisson 
ordinaire était le lait, se grisant quelquefois de vin blanc de Tokaï, lorsqu’il parvenait à 
pénétrer dans une pièce où se trouvait une bouteille de cette liqueur. Maintes fois le 
domestique dut le porter dans une cage, comme César l’avait été dans sa maison sur les 
épaules de ses soldats. « Dans cet état, il ressemblait beaucoup à l’homme ivre. » Après 
force cabrioles, il tombait, restait étendu, sur une table, sur un tapis, incapable de 
remuer, manifestant une colère sourde contre tout homme qui osait s’approcher. Même 
dans cet état, jamais il n’aurait essayé de mordre Fischer. Ce singe avait acquis une 
très claire conscience de ces « cordes » dont parle Pascal, qui attachent, dans la société 
« le respect à tel ou tel », mais qui, pour être « cordes de nécessité », n’en sont pas moins 
« des cordes d’imagination »: il avait conscience de l’infériorité du domestique au 
regard du maître et le lui faisait bien sentir. Il s’emportait contre le domestique lorsque 
je le réprimandais, dit Fischer; sa colère se montait au ton de mes reproches et pouvait 
l’inciter à deS voies de fait. Il me secondait dans tous mes simulacres de bataille, si je 
faisais mine de battre une personne ou un chien (Ibid., xvm, 91: xxiv, 233). Le 
sentiment du droit de propriété est très vif chez tous les singes. Fischer avait donné 
à un macaque de Java une couverture rouge, une couverture bleue à un autre macaque; 
chacun était jaloux de la possession de sa couverture, et le moindre empiètement sur le 
droit du propriétaire amenait un combat (Ibid., xxiv, 257). La servilité envers les forts 
et l'oppression des faibles sont aussi communes chez les singes que chez l’homme. Lorsque 
Fischer recevait une nouvelle caisse d’animaux et qu’un cercle de badauds s’était formé, 
si l’hôte de la cage était un singe, toutes les cérémonies d’usage commençaient : grogne¬ 
ments joyeux, sourires, rires même, enfin « le salut des singes »,dont il sera parlé. Une 
fois débarqué, l’inspection du nouveau venu commençait. D’un coup d’œil rapide, le rhé¬ 
sus et les autres singes avaient bientôt pris sa mesure et porté un jugement sans appel 
sur son intelligence, son courage et sa force, qu’ils mettaient d’ailleurs bientôt à l’épreuve 
par mille taquineries, avanies et violences. L’attitude de la recrue décidait de son avenir, 
et aussi sa taille et la dureté de ses crocs; selon l’événement, ce singe était voué aux 
brimades ou désormais entouré de la considération générale. Timide ou craintif, il est 
moqué, maltraité, en butte à toutes les vexations, « comme un étranger dans une ville 
de province »; il faut l’en tirer à tout prix (Ibid., xxiv, 259-60). 
La peur est, chez le singe, l’affection qui dégage les réactions les plus violentes et 
les plus étendues. Fischer fit un jour passer à un mandrill un prospectus du voyage 
de Semper aux Philippines, dans les feuillets duquel il avait glissé un dessin d’holoturie. 
A la vue de cet échinoderme, au corps allongé, aux nombreux suçoirs tentaculiformes, 
le mandrill fil un saut en l’air de près d’un pied; il frappait le sol d’une main (signe 
violent de colère chez les cynocéphales), les poils hérissés, le corps tout tremblant de 
la tête aux pieds; il cria longtemps encore; il avait évidemment pris l’holoturie pour 
un serpent (Der Zool. Gart., xvn, 119; xvii, 83, 85; xxiv, 229, 235). La vue d’un serpent, 
voire d’une peau de serpent, inspire à tous les singes une profonde terreur. Non seule¬ 
ment la vue de l’objet, mais sa représentation figurée, mais l’articulation du nom qui 
sert à le désigner déterminent chez ces êtres des mouvements d’expression très éner¬ 
giques et dont l’intensité paraît souvent, ainsi que chez l'homme, hors de proportion 
avec l’excitation, indice certain du développement de ces centres corticaux d’intégration que 
Beevor et Horsley ont étudiés chez l’orang, P. Flechsig dans le cerveau humain. Avec 
les repi’ésentations des reptiles et des animaux à forme allongée ou vermiforme, l’aspect 
des tuyaux de caoutchouc, des boas que portent les dames dans l’hiver, produisent sur 
l’imagination des singes les effets que nous venons de rappeler. Cette terreur des 
reptiles est-elle innée chez les singes? C’est une question que Joh. von Fischer, avec un 
scepticisme vraiment scientifique, se garde bien de croire résolue aussi longtemps que 
des expériences à ce sujet n’auront pas été faites sur des singes nés en captivité. Chez 
l’enfant, la crainte des crapauds, des serpents, etc., n’est pas innée; les sentiments de 
1. C. Lombroso. L’homme de génie. Paris, 2* édit., 1896, 87.
        

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