Bauhaus-Universität Weimar

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CERVEAU. 
Pourquoi ne devrais-je pas considérer les réactions tout à fait semblables d’un chien sans 
cerveau comme l’expression de sensations et de sentiments correspondants? Ce n’est 
pas, nous l’avons dit, parce qu’il est profondément dément. Serait-ce parce qu’il n’est 
qu’une machine réflexe dépourvue de toute sensation? Sans doute, Goltz le reconnaît, 
tous les faits tendent à faire considérer un chien sans cerveau comme « une machine 
réflexe compliquée » (610). Mais on n’aurait rien gagné, selon lui, en s’exprimant delà 
sorte. Et d’abord, on doit tenir pour accordé qu’il est impossible d’établir une distinction 
tranchée, voire une distintion quelconque, du côté objectif des phénomènes, entre les purs 
mouvements réflexes et les mouvements volontaires conscients. Dans là plupart des cas, tout 
indice fait défaut pour reconnaître avec certitude si tel mouvement d’un organisme vivant 
est accompli avec ou sans conscience. D’autre part, l’idée que les animaux sans cerveau 
n’éprouvent plus de sensations est surtout fondée sur la croyance qu’ils n’accomplissent plus 
des mouvements spontanés. Si c’est là une erreur, Schrader l’a prouvé, pour d’autres ani¬ 
maux, tels que les batraciens et les oiseaux, c’en est certainement une aussi pour [les chiens 
décérébrés,qui ont montré, au contraire, une si forte tendance à exécuter de tels mouve¬ 
ments qu’il faut rapporter à cette cause l’amaigrissemeut et la perte des forces de ces 
animaux. A côté des mouvements purement réflexes de ces animaux, Goltz estime que 
le chien décérébré qui devient agité quand le repas se fait attendre, qui veut mordre la 
main qui le saisit, etc., n’est pas une pure machine réflexe, un automate insensible, 
encore qu’il renonce d’avance à convertir ceux qu’il ne saurait amener à son sentiment. 
Goltz agit en cela fort sagement, car aucun des mouvements de réaction ou d’expres¬ 
sion qu’il a décrits n’implique, je ne dis pas seulement l’existence d’une volonté con¬ 
sciente, c’est-à-dire d’une vie de représentations mentales, mais celle même de percep¬ 
tions conscientes de sensations générales ou [spéciales. Ainsi que Th. Ziehen en a fait 
la remarque, l’intégrité même des mouvements d’expression, par exemple l’expression 
variée de la voix d’un chien décérébré dans les états différents de la sensibilité organique, 
sensitive ou sensorielle, n’implique pas l’existence des sentiments correspondants à ces 
sensations. On connaît chez l’homme nombre d’états pathologiques où les mouvements 
d’expression les plus variés et les plus intenses ont lieu involairement (maladies des 
tics) et sans le moindre accompagnement de ton affectif ou émotif. Les réflexes les plus 
complexes, s’ils ont atteint ce degré d’organisation qui constitue l’acte automatique, 
manquent certainement de processus psychiques parallèles. Quant à ces mouvements 
incessants de locomotion, que Goltz appelle « spontanés », quand il ne les appelle pas 
«volontaires», et qu’on observe souvent dans les déments comme chez les chiens décé- 
rébrés, véritables déments, eux aussi, on peut les attribuer à l’action lente et con¬ 
tinue, de nature irritative, des processus de dégénération. 
Cette interprétation des faits n’enlève rien au mérite de les avoir provoqués et 
observés. Outre que nous savons maintenant que des mammifères sans cerveau peuvent 
encore exécuter des actions aussi complexes et délicates que la plupart des mouve¬ 
ments de relation, tels que la marche, la station, la préhension et la mastication de la 
nourriture, la déglutition des liquides, etc., et que des excitations tactiles et muscu¬ 
laires provoquent des réactions motrices appropriées au but, adaptées à certaines fins, 
ajustées à certains actes, sans parler des mouvements d’expression de ce qu’on appelle 
sentiments chez les êtres normaux, on doit reconnaître que le chapitre de psychologie 
le plus difficile à écrire, celui des phénomènes de l’innervation supérieure, des fonc 
tions de l’écorce du cerveau, trouvera ses matériaux les plus rares et les plus authen¬ 
tiques dans l’observation du Chien sans cerveau. « Selon moi, a écrit Goltz, la lésion de 
déficit la plus importante qu’on observe après l’ablation du cerveau, c’est la perte de 
toutes les manifestations ou expressions d’où nous inférons la raison, la mémoire, la 
réflexion et Vintelligence de l’animal (607 et sq.). » 
Un exemple à l’appui. On comprime une patte de derrière d’un chien sans cerveau : 
il gronde et voudrait mordre la main qui le fait souffrir. Je détermine une douleur 
encore plus forte en marchant par mégarde sur la même extrémité de mon chien; 
peut-être fera-t-il entendre un cri plaintif vite réprimé : il ne gronde pas, il mord 
encore moins. Il sait, dit Goltz, que son maître ne l’a pas fait exprès et réprime la 
manifestation de la douleur. S’il s’agissait d’un étranger, il n’aurait sans doute pas 
autant d’empire sur lui-même. Selon les circonstances le chien normal répond donc
        

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