Bauhaus-Universität Weimar

590 
CERVEAU. 
lieu au moyen du suc nerveux, considéré par Willis comme un ferment. Le sang ne 
possédant point d’esprits animaux ne fournit ainsi que la matière de la nutrition : le 
suc nerveux en réalise la forme. 
Il nous faut mentionner au moins encore une théorie qui, comme un rejeton sorti de 
la racine du vieux tronc centenaire des doctrines de Thomas Willis, est aujourd’hui en 
pleine fleur, celle de la décharge nerveuse. Toute la doctrine des spasmes et convulsions 
est fondée, chez Willis, sur « la vertu élastique ou explosive des esprits animaux » 
(v. Pathol, cer. Specimen). D’ailleurs le mouvement normal et régulier du muscle dépend, 
aussi bien que les contractions spasmodiques, de cette explosion qu’il compare à l’effet de 
la poudre à canon. Le mot et la chose étaient alors insolites en philosophie et en médecine : 
Willis invoque le haut patronage de Gassendi. Énumérant les preuves qu’on peut allé¬ 
guer pour montrer que l’âme est « une certaine espèce de feu (quamdam ignis speciem) », 
Gassendi parle, en effet, de la « force et de l'efficace qu’une chose si ténue qu’est l’âme 
a pour mouvoir une masse si grande qu’est le corps ». A ce propos, il admire fort que 
la masse immense du corps d’un éléphant soit mue par une substance si subtile que, 
l’animal mort, on ne saurait dire ce qui en est sorti. « Cette force, ajoute-t-il, semble 
être particulière au feu ; elle se fait surtout voir dans la flamme qui jaillit de la poudre 
à canon enflammée (quæ excitatur ex pulvere pyrio), ou qui, dans le canon, tout en fai¬ 
sant reculer la pièce, ponrtant d’un si grand poids, lance au loin le boulet, et avec une 
telle vitesse, malgré la pesanteur du projectile (dim simul globum adeo gravem perniciter 
adeo antrorsum explodit) (Pierre Gassendi, Physicæ section ni, lib. 3, c. 3, Quid sit ani¬ 
ma brutorum. Opera, Lugd., 1658, in fol., n, 250). Ainsi toute la pathologie des affec¬ 
tions convulsives repose sur la théorie de l'explosion des esprits animaux, ou, comme nous 
dirions, de la décharge nerveuse, aussi bien d’ailleurs que la physiologie des mouve¬ 
ments. Érasistrate, au témoignage de Galten, parlant des convulsions de l’hystérie (Des 
lieux affectés, YI, v, Kühn, VIII, 429), expliquait le mécanisme des spasmes par une 
sorte de pléthore des muscles remplis d’esprits animaux (ix tou 7dr)poua0ai jrvsûfiatoç) : 
sous l’influence de cet fluxion, « les muscles s’étendent en largeur, mais diminuent de 
longueur, et, pour cette raison, se contractent ». Le siège ou la lésion primitive de l’épi¬ 
lepsie n’est point, selon Willis, ainsi qu’on l’avait soutenu, dans les méninges ni même 
dans la substance blanche du cerveau, mais dans les esprits animaux qui habitent cet 
espace intermédiaire eutre l’écorce et les ganglions centraux que Willis nomme tou¬ 
jours cerebri meditullium. La cause de l’attaque (paroxysmus epilepticus), ce sont les 
explosions désordonnées de ces esprits animaux. Or comme ces esprits sont la condition 
de la conscience, des représentations et des passions, on s’explique « l’éclipse » que 
subissent alors ces fonctions supérieures. A cette vaste explosion des esprits du cerveau 
succèdent celles des esprits de la moelle et des nerfs, « prédisposés », chez ces malades, à 
de semblables explosions, frappés du même degré d’incoordination et de la même « ataxie » 
dont les décharges éclatent également en mouvements convulsifs. Bref, et par l’effet de 
cette prédisposition à l’explosivité, à l’instar d’une longue traînée de poudre à canon, la 
série entière des esprits, tant du cerveau que du reste du système nerveux, fait succes¬ 
sivement explosion. Les affections spasmodiques ne procèdent pas toujours d’ailleurs 
d’une lésion de la tête : elles peuvent être la suite d’une irritation des extrémités péri¬ 
phériques des nerfs, des vers intestinaux, etc. Les doctrines du chapitre x de la Patho¬ 
logie du cerveau de Willis, intitulé : De passiombus quæ vulgo dicantur hystericæ, sont 
tout à fait modernes et même fort en avance sur nombre de traités contemporains de 
l’hystérie. La maladie ne procède, suivant Willis, ni de l’utérus, ni de son ascension, ni 
des vapeurs : «Cette prétendue affection utérine est convulsive et dépend surtout d’une 
altération du cerveau et du système nerveux : elle est produite par les explosions des 
esprits animaux.» L’origine de cette maladie, dit-il encore, doit être cherchée dans les 
affections du cerveau (sept tov èyxi^atXov), telles qu’une peur, un violent chagrin ou quel¬ 
que autre passion affectant particulièrement les esprits du cerveau. Cette « diathèse 
convulsive », spasmodique, l’hystérie, est un mal qui ne s’observe pas seulement chez 
les femmes; les hommes en sont aussi frappés. 
IX. Marcello Malpighi (1628-1694). — Malpighi me semble avoir écrit les pages les plus 
solides sur la structure de l’écorce du cerveau. Mais il faut avoir bien présente la lettre 
même de son texte et ne pas faire de ce grand anatomiste un précurseur de la théorie
        

Nutzerhinweis

Sehr geehrte Benutzer,

aufgrund der aktuellen Entwicklungen in der Webtechnologie, die im Goobi viewer verwendet wird, unterstützt die Software den von Ihnen verwendeten Browser nicht mehr.

Bitte benutzen Sie einen der folgenden Browser, um diese Seite korrekt darstellen zu können.

Vielen Dank für Ihr Verständnis.