Bauhaus-Universität Weimar

ASTIGMATISME. 
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sion des bords colorés, selon qu’on place le point lumineux au delà ou en deçà du ter¬ 
rain de la vision distincte, s’explique très bien dans l’hypothèse d’une aberration sphé¬ 
rique du système dioptrique en son ensemble, et de chacun de ses secteurs pris iso¬ 
lément. Eu ce sens, les bords colorés des images multiples d’un point constituent même 
une preuve de 1 aberration sphérique de l’œil. Ils démontrent que la réfraction s’opère 
d’après le schéma de la figure 71, et non d’après celui de la figure 70. 
Un degré plus au moins, prononcé d’astigmatisme irrégulier, cornéen et cristallinien, 
existe donc dans chaque œil normal. Les images rétiniennes sont de ce chef plus , ou 
moins diffuses, selon le degré de l’anomalie. Si elle est un peu forte, l’acuité visuelle se 
trouve abaissée en dessous de la normale. Bon nombre d’yeux prétendus amblyopiques 
par suite d’une anomalie congénitale de l’appareil nerveux visuel sont en réalité affectés 
d’astigmatisme régulier dépassant la moyenne. L’examen du cercle de diffusion d’un 
point et l’emploi de l’aberroscope de Tscherning pourront élucider la chose; le premier 
procédé renseigne sur des différences de réfringence dans des secteurs plus petits que le 
second. 
Malheureusement, si dès maintenant nous sommes à même la plupart du temps de 
diagnostiquer l’anomalie et même d’en préciser le siège, nous ne saurions y remédier 
par des moyens bien pratiques. 
Voici encore qnelques manifestations visuelles reposant sur l’astigmatisme irrégulier. 
En premier lieu, il y a l’apparence des points lumineux et surtout des étoiles, qui ne 
nous apparaissent pas sous forme de points simples, mais sous celle de points à rayons 
(variables d’un œil à l’autre). On a remarqué que les gens à acuité visuelle exception¬ 
nellement bonne voient les rayons des étoiles peu développés; on cite quelques hommes 
ayant vu les étoiles sous forme de points; ils avaient des acuités visuelles extraordi¬ 
nairement bonnes. 
C’est en grande partie à l’astigmatisme irrégulier qu’est dû le phénomène de la 
« goutte noire », qui gêne tant les observations astronomiques, et qu’on peut démontrer 
en rapprochant jusqu’au contact le pouce et l’index tenus au-devant d’une lumière. Avant 
que les doigts ne se touchent, ils semblent réunis par une goutte noire étendue entre 
eux : la goutte noire est l’expression des images multiples des doigts, dont les lignes de 
contour se juxtaposent. De même aussi une planète, par exemple, qui entre en conju¬ 
gaison avec le soleil semble confluer avec le disque solaire avant qu’il y ait contact 
réel. 
Certains yeux voient la lune double et triple, au moins dans certaines circonstances. 
La polyopie monoculaire se manifeste facilement pour des lignes droites isolées. 
Il n’y a cependant pas que du mal à dire de l’astigmatisme irrégulier. Plus haut 
nous avons mis en évidence la chromasie de l’œil en couvrant une partie de la pupille. 
Cette chromasie est à l’ordinaire peu sensible, parce que les spectres d’un point lumi¬ 
neux produits par les différents secteurs du système dioptrique se superposent. Elle 
devient plus apparente si nous supprimons les spectres d’une moitié du champ pupillaire, 
si nous les enlevons de l’image compliquée d’un point, c’est-à-dire si nous enlevons cer¬ 
tains effets de l’astigmatisme irrégulier. 
Nous n’avons fait intervenir la cornée qu’en tant que sa courbure peut, par son asy_ 
métrie, constituer une condition favorable pour la manifestation de l’astigmatisme irré¬ 
gulier du cristallin. Il est cependant certain que, si les irrégularités de courbure de la 
cornée atteignent un certain degré, elles peuvent donner lieu à des phénomènes visuels 
du même ordre. Toutefois elles ne pourront guère donner lieu à l’image de diffusion si 
caractéristique d’un point, décrite plus haut. Nous avons déjà dit que dans les cas de 
facettes anormales de la surface cornéenne, résultant par exemple d’ulcères mal 
cicatrisés, on observe de la polyopie monoculaire très prononcée, et une fort mauvaise 
acuité visuelle. 
Un fait d’astigmatisme cornéen curieux est le suivant. Après avoir travaillé quelque 
temps au microscope, la vision de l’œil inactif se montre brouillée pendant un quart 
d’heure et plus. Cet œil voit doubles et triples les seules lignes horizontales; les verti¬ 
cales sont vues simples. La polyopie ne disparaît pas si on regarde à travers divers 
verres sphériques ou cylindriques. Pour notre part, nous trouvons qu’en même temps 
la réfraction totale de cet œil a notablement augmenté. — Le siège et la cause du 
DICT. DE PHYSIOLOGIE. — TOME I. gi
        

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