Bauhaus-Universität Weimar

ACCLIMATATION. 
43 
circonstances ambiantes : l’homme ne peut travailler ces dernières à son gré en vue de 
favoriser l’animal, comme cela a lieu sur la terre. En certains cas la cause de l’échec 
pourra être très manifeste : l’une de ces causes du moins. Ici, affaire de milieu physique, de 
température par exemple : vous ne ferez point venir l’olivier à Lyon ni l’eucalyptus ou 
le mandarinier à Valence ou à Avignon; là, de milieu chimique : la plupart des huîtres 
américaines, d’eau saumâtre, ne peuvent vivre à l’eau de mer pure ; là, de milieu orga¬ 
nique; parfois la cause échappe, comme pourle saumon de Californie qui se refuse à vivre 
dans l’Hudson. 
Énumérer ici les espèces dont l’homme a opéré l’acclimatation, celles qu’il a en queL 
que sorte domestiquées et dont il peut se faire suivre généralement dans ses pérégrina¬ 
tions, serait une tâche un peu longue et fastidieuse. Il ne suffirait pas, en effet, d exa¬ 
miner les conquêtes qui nous sont familières, et de dépouiller la liste de nos potagers et 
basses-cours de France et de l’Europe méridionale : il faudrait parcourir les autres 
régions du globe et montrer les animaux et plantes qui ont été de tel ou tel habitat ori¬ 
ginel transplantés en telles ou telles contrées. On pourrait presque dire qu’il n’est pas 
une espèce animale ou végétale qui n’ait été acclimatée ou naturalisée quelque part, de 
propos délibéré ou involontairement. Pour la liste des espèces qui intéressent le plus 
directement l’homme, je renverrai à l’ouvrage de Geoffroy Saint-Hilaire intitulé : Accli¬ 
matation et domestication des animaux utiles, au Bulletin de la Société d’Acclimatation con¬ 
tinué par la Revue des Sciences naturelles appliquées, et à de Candolle, Origine des plantes 
cultivées. Je recommanderai encore d’une façon spéciale le Potager d’un curieux, par Pail- 
leux et Bois : on trouvera là l’indication des plantes utiles, nouvelles ou peu connues, 
qu’il y aurait intérêt à acclimater en différents climats. 11 reste beaucoup à faire, en effet, 
non pas dans nos pays de vieille civilisation, peut-être (et encore se trouverait-il 
mainte espèce animale ou végétale à introduire), mais dans les pays neufs où la 
race blanche n’a pénétré que depuis peu. Dans les colonies en particulier, il y a encore 
énormément à essayer et à réussir. Sur 110 000 espèces de Phanérogames, il n’y en a pas 
1000 d’utilisées. Il y a des régions qui n’ont encore fourni que peu de chose : l’Europe 
a fourni cinq animaux domestiques (pigeon, oie, canard, lapin, abeille) et l’Asie, douze : 
mais l’Afrique n’en a donné jusqu’ici que deux, et l’Amérique trois. L’acclimatation 
a ses degrés, il est à peine besoin de le rappeler. Le marronnier d’Inde est bien 
près de la naturalisation, dans certaines parties de la France du moins, et le rici- 
nier, plus encore (dans la mesure où la vraie naturalisation est possible); la pomme 
de terre, par contre, ne durerait pas un an de plus sans l’intervention constante de 
l’homme. 
Un autre point à indiquer, en passant, est ce fait que, si l’acclimatation s’opère par¬ 
fois sans modifications morphologiques ou physiologiques appréciables, elle s’accom¬ 
pagne le plus souvent de variations de l’un ou l’autre ordre. Comment d’ailleurs n’en 
serait-il pas ainsi? La même plante, poussant dans les lieux humides et abrités du fond 
de la vallée, diffère comme port, dimensions, épaisseur, structure de feuilles, etc., de 
celle qui vit au haut de la colliue; celle qui vit à l’intérieur des terres diffère nettement 
de celle que le sort a placée dans les terrains salés. Nous savons aussi que le milieu chi¬ 
mique intérieur, — mesuré par la toxicité, par exemple, — varie d’un habitat à un autre; 
nous savons que par la simple dépression barométrique il se produit un accroissement 
de teneur en hémoglobine dans le sang : à passer d’un pays dans un autre, malgré la 
similitude appparente des différentes conditions, une plante ou un animal changent de 
milieu à un degré souvent considérable, et, quand bien même le mécanisme de l’action 
exercée par le changement nous échappe, force est bien de reconnaître qu’au change¬ 
ment de milieu correspond souvent un changement de structure ou de physiologie. Je 
ne veux pas m’appesantir sur les faits très nombreux et bien connus de cet ordre. 
G. Faivre en a donné un bon résumé dans son volume sur la Variabilité des espèces et ses 
limites (1868); j’ai recueilli quelques-uns des faits plus récents dans mon Experimental 
Evolution\[iS92) : Cornevin, dans son excellente Zootechnie, en indique beaucoup encore. 
Il est difficile de dire si la variation, — quelle qu’elle soit, — est une condition d’accli¬ 
matation ; il le semblerait dans les cas où elle est univoque et constante. 
Est-il besoin encore de rappeler que l’acclimatation ne peut, dans certains cas, s’opé¬ 
rer qu’à la condition de ménager une transition graduelle? On sait, par exemple, que pour
        

Nutzerhinweis

Sehr geehrte Benutzer,

aufgrund der aktuellen Entwicklungen in der Webtechnologie, die im Goobi viewer verwendet wird, unterstützt die Software den von Ihnen verwendeten Browser nicht mehr.

Bitte benutzen Sie einen der folgenden Browser, um diese Seite korrekt darstellen zu können.

Vielen Dank für Ihr Verständnis.