Bauhaus-Universität Weimar

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ANESTHÉSIE et ANESTHÉSIQUES. 
Quoique les effets de l’éther, ou du chloroforme, ou du protoxyde d’azote inspirés 
soient bien plus rapides que ceux de l’alcool ingéré, on peut encore suivre les phases 
par lesquelles passe la conscience avant d'être finalement anéantie. Nous prendrons 
comme type l’éthérisation; parce que, dans bien des cas, en Amérique notamment, en 
Angleterre, et surtout en Irlande, certains individus absorbent de 1 éther pour s enivrer. 
D'ailleurs, la période d’ivresse de l’éther est plus longue que celle du chloroforme, poison 
plus actif, qui abolit très vite toute fonction intellectuelle, tandis que l’éther la surexcite 
avant de la détruire. Draper. Ether drinking in the Nord of Ireland (Med. Press and Circul. 
Dublin, 1877, p. 425). — Gallard. Intoxicat. chronique par l’éther (Gaz. des hôpit., 1870, 
p. 213). — Legrand du Saulle. Note médico-légale sur un cas rare de dipsomanie (éther) 
[Ann. d’hyg., 1882, p. 416). — Montalte. Les buveurs d’éther (Journ. des cônn. méd. chir., 
1879, p. 92). . 
Un des premiers phénomènes, c’est l’abondance, l’activité, et pour ainsi dire, l’hy¬ 
pertrophie des idées. Il y a un état d’hypéridéation tout à fait caractéristique. Mais en 
même temps la conscience du monde extérieur et les impressions sensitives vont en 
s’altérant. 11 semble que ce double processus soit corrélatif; la diminution des excita¬ 
tions périphériques; et l’augmentation de l’activité intellectuelle. Autrement dit encore, 
tout se passe comme si l’intelligence était de plus en plus séparée du monde extérieur 
et livrée à sa propre activité. Alors cette activité devient délirante. Plus de correctif aux 
débordements tumultueux des idées. Elles poursuivent leur évolution sans frein, comme 
si à l’état normal nous étions constamment rappelés à la réalité par les excitations sen¬ 
sorielles innombrables, qui modifient sans cesse, même quand on ne s’en rend pas 
compte, la marche des phénomènes intellectuels. 
Cé qui domine dans cette ivresse, c’est un sentiment de force exagérée, de puis¬ 
sance surhumaine. On n’a plus la notion des effets musculaires possibles, le sens mus¬ 
culaire étant, comme les autres sensations, profondément altéré. Quelquefois, mais plus 
rarement, c’est la tristesse qui l’empoi'te. En tout cas, tout est toujours exagéré; tristesse 
ou gaieté, frayeur ou colère, tout est hors de propos. Il n y a plus de volonté, ni d arrêt, 
ni d’attention qui fixe sur un point déterminé les idées délirantes. 
Les deux phénomènes psychologiques fondamentaux de notre constitution mentale, 
la notion d’espace et la notion de temps, sont primitivement et gravement altérés. 
Quoique dans certaines ivresses, notamment dans l’ivresse par le hachich, la perversion 
soit encore plus profonde, cependant les individus éthérisés ont des sensations anor¬ 
males sur le temps, qui leur paraît en général beaucoup plus long qu’il n’est en réalité. 
De même les objets semblent comme éloignés, et on ne peut plus bien juger de la dis¬ 
tance. En un mot, il n’y a plus ce jugement du monde extérieur qui se fait constamment 
chez l’individu normal par la comparaison des sensations diverses et la simultanéité de 
toutes les excitations sensitives qui sont appréciées. 
Quant à la mémoire, elle est altérée dans un certain sens; c’est-à-dire que la mémoire 
d’évocation reste intacte. Les souvenirs anciens n’ont pas disparu, quoique à vrai dire ils 
puissent de moins en moins revenir quand on les appelle. D’autre part la mémoire de 
fixation, c’est-à-dire la faculté de fixer dans l’esprit les images et les faits, a complète¬ 
ment disparu, ou plutôt elle disparaît au fur et à mesure que l’intoxication progresse, si 
bien qu’après l’ivresse on ne se souvient plus de ce qui s’est passé (Ch. Richet. De la mé¬ 
moire. Rev. philosoph., 1886, pp. 561-590). 
Ainsi, par le fait des anesthésiques inhalés à faible dose, nous voyons parmi les fonc¬ 
tions de'l’intelligence la fonction fondamentale qui persiste, c’est l’idéation. Elle dure 
après que la mémoire de fixation, l’attention, le jugement, la volonté, ont disparu. De 
même, dans le sommeil normal, la faculté de rêver survit aux autres facultés. Au con¬ 
traire le pouvoir de direction, de combinaison, et de comparaison, disparaît très vite, 
comme si c’était de toutes les fonctions intellectuelles la plus fragile, et par conséquent 
la plus élevée dans la hiérarchie. 
Cependant il serait inexact de dire que, à cette période de l’ivresse, toute sensibilité est 
abolie; car même les sens spéciaux ne sont pas tout à fait éteints, et la notion du monde 
extérieur, quoique pervertie, n’est pas détruite. L individu éthérisé voit, entend, mais il ne 
juge pas sainement les sensations qu’il éprouve. Aussi les erreurs d’appréciation sont-elles 
énormes. En réalité, comme la volonté est abolie, comme il n’y a plus d’attention régu-
        

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