Bauhaus-Universität Weimar

ANATOMIE. 
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lisateurs de nos anatomistes français. Dire, par exemple, que la tête représente le reste 
du corps, que la mâchoire supérieure est l’image du bras, la mâchoire inférieure 
l’image des jambes, les dents l’image des ongles et des griffes, imaginer un membre 
céphalique dans lequel l’écaille temporale représente l’omoplate, l’apophyse zygomati¬ 
que l’épine du scapulaire, la fosse temporale la fosse sus-épineuse, l’os malaire la cla¬ 
vicule, le condyle maxillaire l’humérus; dire que la tête est l’image synthétique de la 
Terre ou de l’Univers, faire, sans rire, de la langue l’homologue de l’organe copula- 
teur, c’est, ou je me trompe beaucoup, s’aventurer dans l’invention pure ; de nos 
jours tout au moins, où il me semble que nous ne sommes pas encore armés pour de 
pareilles généralisations. En se confinant dans le domaine des homologies et des analo¬ 
gies vraies, et non pas en se livrant à de pareils écarts de l’imagination, E. Geoffroy 
Saint-Hilaire, Lamarck, Darwin ont pu établir les lois auxquelles est soumise l’évolu¬ 
tion de l’organisation animale, et marquer la véritable place de l’homme dans la 
nature. 
Je disais que des observations de l’anatomie comparative le savant déduit des lois 
générales, et que c’est là, proprement, le rôle de l’anatomie transcendantale. N’est-ce pas 
en étudiant les homologies et les homotypies que Serres a pu découvrir les lois qui pré¬ 
sident à l’ossification des os longs (existence du point diaphysaire et des deux points épi- 
physaires, ordre d’apparition de ces points et ordre de soudure, direction du canal nour¬ 
ricier principal de l’os), et en donner une formule générale heureusement complétée par 
Alexis Julien, qui a, dans ces derniers temps, démontré que le premier point complémen¬ 
taire apparaît sur l’extrémité osseuse voisine de l’articulation où se produisent les mouve¬ 
ments les plus importants du membre? N’est-ce pas encore en scrutant les organes 
analogues que ce même Alexis Julien a pu traduire en une phrase concise la loi de 
position des centres nerveux dans le règne animal tout entier : « Il y a un rapport cons¬ 
tant et direct entre la position des principaux centres nerveux et celle des principaux 
organes sensoriels et locomoteurs » ? N’est-ce pas, enfin, par l’étude des analogies, 
poursuivie jusque dans l’évolution des êtres vivants à travers les temps et dans leur 
« succession géologique », que les anatomistes sont arrivés à comprendre les modifica¬ 
tions imprimées aux organes des animaux, dans la suite des siècles, par le milieu, les 
conditions climatériques, l’exercice ou l’inaction, la lutte pour l’existence, les croise¬ 
ments, l’hérédité directe, l’imprégnation ou hérédité par influence, la sélection natu¬ 
relle, la segrégation et la migration; établissant ainsi que l’homme « n’est pas sorti un 
beau jour tout d’une pièce du limon de la terre, qu’il s’est développé lentement, en pas¬ 
sant dans le cours des âges par une série de formes qu’il répète plus ou moins pendant 
son développement embryonnaire, qu’il n’a pas toujours été ce qu’il est, et qu’on retrouve 
dans son organisation les traces de sa parenté avec le reste du monde animal » ? 
(Debierre). Voilà comment est née, entre les mains de Lamarck et de Darwin, la grande 
doctrine de l’évolution des êtres vivants. Le darwinisme est le dernier terme et comme 
le couronnement de l’anatomie transcendantale. 
Histoire de l’anatomie. —Il paraît que les peuples antiques de l’Inde, à l’encontre 
des Egyptiens et des Hébreux, avaient, en anatomie, des connaissances relativement 
étendues. Mais, en réalité, l’histoire de cette science ne commence guère pour nous qu’à 
Aristote; car Hippocrate lui-même (460 ans av. J.-G.) la dédaigna au point que ses 
oeuvres n’en portent guère la trace. Sous le règne des Ptolémée (280 ans av. J.-C.), 
Hérophile et Érasistrate, à Alexandrie, firent de très remarquables études ; ils dissé¬ 
quèrent même, dit la légende, des criminels vivants. Puis, après eux, l’anatomie retomba 
presque dans le néant, jusqu’au jour où Galien (131 ans av. J.-C.) étudia les organes du 
singe, peut-être aussi ceux des enfants abandonnés, et en donna une description qui fut 
respectée religieusement pendant des siècles. La parole du maître resta sacrée, comme 
celle d’un oracle, et ses « pâles continuateurs » acceptèrent tout, erreurs et vérités, 
jusqu’au moment où, après une longue éclipse de 1300 ans, Mundinus, médecin de Milan 
(1306) et après lui Vésale (1514), de Bruxelles, recommencèrent à disséquer des cadavres 
humains; bientôt après suivirent Fallope, Eustache, Bartholin, Monro, Higgliss, Lower, 
Sténon, Willis, Malpighi, Ruysch, Swammerdam et tant d’autres, qui tous apportèrent 
leur pierre à l’édifice...
        

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