Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
[Quai-Synagogue]
Person:
Viollet-le-Duc, Eugène Emmanuel
Persistente ID:
urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1139468
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/resolver?urn=urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1141182
[ scumfrun 
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Si cette tete (l'ange est belle, intelligente, cette heaute ressemble-t-ellc 
a celle des beautes grecques ? Nullement. Le front est haut et large, 
les yeux longs, a peine enfonces sous les arcades sourcilieres; le nez est 
petit, le crane large aux tempes, 1e menton fin. C'est un type de jeune 
Champenois idealise, qui n'a rien de commun avec le type grec. Ce n'est 
pas la un tort, a nos yeux, mais une qualite. Idealiser les elements que 
l'on possede autour de soi, c'est la le veritable role du statuaire, plutot 
que de reproduire cent fois la tete de la Venus de Milo, en lui enlevant, 
a chaque reproduction, quelque chose de sa fleur de beaute originale 1. 
Nous n'avons pas suffisamment insiste sur les conditions dans lesquelles 
le beau se (leveloppait chez les Atheniens entre tous les Grecs. Si elevee 
que soit la doctrine de Platon, si merveilleux que soit le Plzädon, comme 
grandeur et serenite de la pensee, il ressort evidemment de l'argumen- 
tation de Socrate que la lln de l'homme c'est lui, c'est le perfectionne- 
ment de son esprit, le detachement de son ame des choses materielles. Il 
y a dans le Pltädoaz, et dans le Criton particulierement, une des plus belles 
dellnitions du devoir qu'on ait jamais faite. Mais il n'est question que 
du devoir envers la patrie; Fhumanite n'entre pour rien dans les pensees 
cxprimees par Socrate. C'est a l'homme a s'elever par la recherche de 
la sagesse, et par cette recherche il se detache autant du prochain que 
de son propre corps. La recherche de la beaute dans les arts, suivant les 
Atheniens, procedait de la memc maniere; l'homme est sublime, l'hu- 
manite n'existe pas. C'est pourquoi tant de personnes, jugeant des 
choses d'art avec leur instinct seulement, tout en admirant une statue 
grecque, lui reprochent le (lefatit d'expression, ce qui n'est pas exact, 
mais lalutot le defaut de sensibilite humaine, ce qui serait plus pres de 
la verite. Tout individu-statue, plus il est parfait chez FAthenien et plus il 
se rapproche d'un mytlzc-lzomme, complet, mais independant du reste de 
Phumanite, detache, absolu dans sa perfection. Aussi voyez la pente : 
de l'homme superieur, le Grec fait un heros; du heros, un dieu. Certes 
il y a la un vehicule puissant pour arriver a la beaute, mais est-ce a dire 
que ce vehicule soit le seul et surtout qu'il soit applicable aux societes 
modernes ? Et cela est particulierement propre aux Atheniens, non 
point a toute la civilisation grecque. Les decouvertes faites en dehors 
de l'A'ttique nous demontrent qu'on s'est fait chez nous, sur l'art grec, 
des idees trop absolues. Les Grecs pris en bloc ont ete des artistes bien 
üge un curaclere de beaute qu'elle ne possede pas. Nous ne saurions accepter cette cri- 
tique flatterlse. Mais serait-elle vraie, qu'elle prouverait que Petude de cette sculpture 
peut conduire ceux qui s'y livrent ä. faire mieux, tout en conservant son style et son carac- 
tere; donc cette eludo ne serait pas une mauvaise chose. 
1 Sur un edilice reccnt, qu'il est inutile de citer, nous avons compte vingt-deux tütes 
de la Venus de Milo, autant que de statues. Sur l'observation que nous faisions a un 
SCÜIPWHP de cet abus d'un CllCf-(FGEIIVTE, il nous fut repondu: a Ces statues etaient 
si mal payees! n Soit; mais alors qu'on ne vienne pas mettre en avant les intärets de 
l'art. 
        

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