Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
[Quai-Synagogue]
Person:
Viollet-le-Duc, Eugène Emmanuel
Persistente ID:
urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1139468
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/resolver?urn=urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1140967
SCULPTURE 
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Rome imperiale n'a pas un art qui lui soit propre, au moins quanta la 
statuaire. Pendant les beaux temps du moyen age l'art de la statuaire 
etait compris, c'etait un livre ouvert ou chacun lisait. La prodigieuse 
quantite d'oeuvres de statuaire qu'on fit a cette epoque prouve com- 
bien cet art etait entre dans les mmurs. Il faut considerer d'ailleurs que 
si toutes ces sculptures ne sont pas des ehefs-dkeuvre, il n'en est pas une 
qui soit vulgaire; Fexecution est plus ou moins parfaite, mais le style, 
la pensee, ne font jamais defaut. La statuaire remplit un objet, signifie 
quelque chose, sait ce qu'elle veut dire et le dit toujours. Et l'on pourrait 
mettre au defi de trouver dans un monument du moyen age une figure, 
une seule, occupant une place sans autre raison, comme cela se fait tous 
les jours au xlx" siecle, que de loger quelque part une statue achetee 
par l'Etat a M.  
Un statuaire dans son atelier fait une statue pour une exposition 
publique : cette statue etait, il y a trente ans, un Cincinnatus, ou un 
Selon, ou une nymphe; aujourd'hui c'est un jeune patre, ou une idee 
metaphysicjue, FEsperance, l'Attente, le Desespoir. Deux ou trois parti- 
culiers en France, ou l'Etat, peuvent seuls acheter cette muvrti... Acquise, 
oü la place-t-on  Dans un jardin  Dans un musee de province ; dans 
la niche vide de telou tel edilice ; dans une chapelle ou dans le vestibule 
d'un palais. 
Or, comment une statue eoncue dans un atelier, sans savoir quelle 
sera sa destination, si elle sera eclairee par les rayons du soleil ou par 
un jour interieur; comment cette statue, aehetee par des personnes qui 
ne l'ont point demandee pour un objet special et qui ne savent ou la 
placer, comment cette statue, disons-nous, produirait-elle une impres- 
sion sur le public  Excepte quelques amateurs qui pourront appreciei" 
certaines qualites (Fexecution, qui s'en occupera ? qui la regardera ? 
Si des Atheniens voyaient ces niches vides dans nos editiees, attendant 
des statues inconnues, et ces statues dans des ateliers demandant des 
places qui n'existent pas, nous crojyons qu'ils nous trouveraient de 
singulieres idees sur les arts, et qu'en allant regarder les portails de 
Ghartres, de Paris, d'Amiens ou de lteims, ils nous demanderaient quel 
tetait le peuple, disperse aujourd'hui, auteur de ces muvres. Mais si nous 
leur repondions, ainsi que de raison, que ces maitres passes etaient nos 
ancetres, nos ancetres... barbares, et que nous, gens civilises, nous 
pratiquons l'art de la statuaire pour cinq ou six cents amateurs en 
France ou pretendus tels; que d'ailleurs la multitude n'est pas faite 
pour comprendre ces produits acadenliques developpes a grand'peine 
en serre chaude, les Atheniens nous riraient au nez. 
Le grand malentendu, c'est de supposer que lebeau, parce qu'il est 
un, est attache a une seule forme; or, la forme que revet le beau et 
l'essence du beau ce sont deux choses aussi distinctes que peuvent Petre 
une pensee et la faeon de l'exprimer, le principe createur et la creature. 
L'erreur moderne des statuaires est de croire qu'en reproduisant l'enve-
        

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